Le juge de la Cour suprême des États-Unis, Louis Dembitz Brandeis, était un crypto-juif issu d’une famille du mouvement frankiste sabbatéen ✡ ✡

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Le juge de la Cour suprême des États-Unis, Louis Dembitz Brandeis, était un crypto-juif issu d’une famille du mouvement frankiste sabbatéen ✡ ✡L’influence du frankisme sabbatéen sur l’état du monde actuel : le mouvement messianique juif hérétique propagé aux XVIIIe et XIXe sièclesJe partage une vidéo intéressante de Christ The King, intitulée Jacob Frank : Le faux converti juif qui a introduit une secte secrète dans l’ÉgliseL’histoire qu’on nous raconte au sujet de saint Carlo Acutis, « l’influenceur de Dieu » et patron d’Internet, n’était-elle qu’une pure invention ?Selon ce qu’écrivait le pasteur Theophilus Gale dans son chef-d’œuvre, La Cour des Gentils, les Juifs étaient qualifiés par Hérodote de PhéniciensDébat virulent entre le professeur Mohammed Marandi et l’avocat Alan Dershowitz concernant la guerre en Iran et à Gaza, avec Piers MorganEXCLUSIF — La traduction française du livre du Pr Ariel Toaff, « Pâques de sang », est désormais disponible aux membres du Club VIP ‒ [Intégral]Téléchargez mon application Android et suivez toutes mes actualités sur votre téléphone et votre appareil mobile peu importe où vous êtesLe Dr Paul Garnault nous offrait une critique du livre du théologien Hermann Leberecht Strack sur le sang et les meurtres rituels des IsraélitesLa société « Greenleaf Book Agency » m’a aidé à améliorer le référencement et la visibilité de mon livre, “La Société fabienne”, chez AmazonJ’ai réédité le livre de l’abbé J.-Antoine Huot, Le fléau maçonnique, initialement publié en 1906, suivi de l’ouvrage : Le poison maçonnique (1912)Grande réduction sur certaines œuvres de mes séries intitulées : “Hommage au frère Jérôme”, “Géométrie variable” et “Fenêtres sur l’espace”Le fondateur du « Trends Research Institute », Gerald Celente, devient rouge de colère contre les politiciens qui mènent le monde à la guerreLa biographie s’intitulant « Guy Boulianne : Un Prince en Exil – Poète, Éditeur et Chroniqueur des Temps Troublés » est maintenant disponibleLe lancement de la biographie “Guy Boulianne : Un Prince en Exil” de Fabien Lacroix, qui devait avoir lieu à Saint-Sauveur au Québec, est annuléLe film de Ken Russell, “Au-delà du réel” (1980), est un voyage irréel aux frontières de l’esprit et de la perception de notre état d’être humain 🎥Un collectionneur dit de “Fragmentation” : « J’en ai encore des frissons ! Le seul mot qui sort de ma bouche quand je le regarde, c’est OUF ! » 🎨En 1905, le Washington Times expliquait dans un long article que la mission de Lady Blount dans la vie était de prouver que la Terre est plate… 🌎« Le Palais du Livre » raconte l’épopée de Pierre-Roger Nadeau, le fondateur de la plus grande foire de livres au monde. Maintenant disponibleDernière chance d’assister au lancement de la biographie, « Guy Boulianne : Un Prince en Exil » de Fabien Lacroix, à Saint-Sauveur au Québec !

Le 5 août dernier, j’ai publié un article dans le cadre du dossier “Khazars, Empire khazar et Nouvelle Khazarie” dans lequel nous comprenons que le mouvement messianique frankiste sabbatéen propagé aux XVIIIe et XIXe siècles, s’est aussi perpétué jusqu’à nos jours. Parmi les sabbatéens contemporains figure la famille Wehles de Prague. L’un d’eux, Gottlieb Wehle, s’installa aux États-Unis avec un important groupe de frankistes de Bohême et de Moravie après la révolution de 1848. On y retrouve aussi le juge associé de la Cour suprême des États-Unis, Félix Frankfurter, connu comme étant un progressiste, protecteur des libertés civiles, puis fervent défenseur de la retenue judiciaire de la Cour. Le petit-neveu de Gottlieb Wehle, Louis Brandeis, est né le 13 novembre 1856 à Louisville, dans le Kentucky. Ses parents, Adolph Brandeis et Frederika Dembitz, ont immigré aux États-Unis depuis leurs maisons d’enfance à Prague, en Bohême (alors dans l’Empire autrichien).

Louis Brandeis était un juriste américain qui a siégé comme juge associé à la Cour suprême des États-Unis de 1916 à 1939. Figure de proue du mouvement antitrust au tournant du XXe siècle, il s’est notamment opposé à la monopolisation du chemin de fer de Nouvelle-Angleterre. Sa jurisprudence anti-monopolistique a jeté les bases intellectuelles du mouvement New Brandeis, un renouveau contemporain de la pensée antitrust mené par des personnalités telles que Lina Khan et Tim Wu. Il fut élu président du Comité sioniste d’urgence provisoire aux États-Unis en 1914. Plus tard, il joua un rôle déterminant dans la création de la Réserve fédérale américaine.

Elliot Klayman écrit dans la revue Kesher, une publication sur le judaïsme messianique : « Louis Brandeis était issu d’une des familles shabbatéennes/frankistes les plus influentes de Prague. » Sa mère lui offrit une reproduction d’un portrait d’Eva Frank (fille de Jacob Frank et son héritière spirituelle à sa mort), « un héritage précieux réservé aux descendants privilégiés des frankistes », selon Klayman. Les pratiques et croyances frankistes sont les plus extrêmes de toutes, et l’historien Gershom Scholem a montré qu’ils enseignaient en secret l’inversion totale de toutes les valeurs morales (mensonge, vol, meurtre, inceste…). C’est le concept de la Rédemption par le péché. Bien que la famille de Brandeis fût juive, seule sa famille élargie pratiquait une forme plus conservatrice du judaïsme. Ils célébraient les principales fêtes chrétiennes avec la plupart des membres de leur communauté, considérant Noël comme une fête laïque. Malgré cela, Louis Brandeis conserva en lui son appartenance spirituelle au frankisme, ainsi que la même particularité messianique que Shabbetai Tzvi et Jacob Frank.

Le professeur d’université et titulaire de la chaire Joseph H. et Belle R. Braun d’histoire juive américaine à l’université Brandeis, Jonathan D. Sarna, a écrit ce qui suit dans la revue American Jewish History (The Johns Hopkins University, vol. 81, n° 3/4, numéro spécial du centenaire, printemps/été 1994). L’article s’intitule : « “Le plus grand Juif du monde depuis Jésus-Christ” : l’héritage juif de Louis D. Brandeis » (“The greatest Jew in the world since Jesus Christ”: the Jewish legacy of Louis D. Brandeis) :

« Élie », « Isaïe », « Daniel », « Moïse », « Prophète », « Messie », « le plus grand Juif du monde depuis Jésus-Christ » : ce ne sont là que quelques-uns des nombreux qualificatifs religieux associés au nom de Louis Dembitz Brandeis. Brandeis eut la particularité d’être vénéré de son vivant, et ses admirateurs – juifs et chrétiens confondus – cherchaient les mots justes pour le décrire. Trouvant le langage profane insuffisant, ils se tournèrent instinctivement vers le langage sacré, et plus particulièrement vers les métaphores bibliques.

Brandeis lui-même encouragea cette tendance fin 1910 lorsqu’il déclara à un jeune journaliste du Boston Jewish Advocate que « le prophète juif peut aujourd’hui lutter pour la vérité et la justice, tout comme les prophètes de l’Antiquité », et admit que son propre « modèle » parmi les prophètes était Daniel. « Et combien ce puissant prophète juif moderne ressemble au grand Daniel, prophète de l’Antiquité, qui lutta contre les injustices et les erreurs de l’histoire ! », s’exclama le journaliste avec enthousiasme ; le Jewish Advocate promouvait alors Brandeis comme réformateur social.

Photographies des parents de Louis Dembitz Brandeis : Frederika Dembitz et Adolf Brandeis.

Le professeur Sarna, qui est aussi l’historien en chef du Weitzman National Museum of American Jewish History de Philadelphie (The Weitzman), confirme que le grand-père et l’arrière-grand-père de Louis Brandeis, à Prague, avaient été des figures importantes du mouvement sectaire juif antinomien connu sous le nom de frankisme, adeptes du faux messie Jacob Frank. « Sa mère, Frederika Dembitz Brandeis, rejetait ce culte (dont l’influence avait de toute façon décliné depuis longtemps) », écrit-il, « mais des traces de son influence antinomienne ont imprégné ses croyances et ses pratiques. » Or, nous savons que les Frankistes sabbatéens étaient devenus des maîtres dans le camouflage et l’usurpation d’identité, depuis leurs origines radhanites jusqu’aux Dönme, regroupés autour de Salonique et de Constantinople.

Les Dönme (des crypto-juifs sabbatéens et frankistes) ne sont pas reconnus comme Juifs par la loi israélienne sur la nationalité et ne peuvent prétendre à la loi du retour. Concernant la loi portugaise du retour, la décision de reconnaître ou non les Dönme comme Juifs est laissée à la discrétion des communautés juives locales. Les Dönme sont ouvertement musulmans, mais ils observent secrètement certains rites juifs, sans pour autant s’allier aux Juifs, qu’elle qualifie de “koferim” (infidèles). Rappelons que le mot turc dönmeh (« apostats ») dérive de la racine verbale dön- (turc ottoman : دون ) qui signifie “se tourner”, c’est-à-dire “se convertir”, mais dans le sens péjoratif de « traître ».

Je partage ci-dessous l’article de Elliot Klayman qui fut publié dans la revue Kesher, sous le titre : “La vie de Louis Brandeis, premier juge juif de la Cour suprême des États-Unis : exploration des « questions de vie privée » et des liens avec des cultes ancestraux” (The Life of the First Jewish U.S. Supreme Court Justice, Louis Brandeis: Exploring “Privacy Issues” and Ancestral Cultic Connections). Kesher est une revue sur le judaïsme messianique, publiée par l’Institut théologique juif messianique (MJTI). Son objectif est d’offrir un espace d’échange aux chercheurs, aux professionnels et aux laïcs pour aborder les questions qui touchent le judaïsme messianique contemporain. Le cœur de la foi messianique est la reconnaissance de Yeshoua (Jésus) comme le Messie d’Israël et le Fils de Dieu. ◾


« Je m’intéresse à l’histoire des Khazars, des Sabbatéens, des Frankistes et des Dönme, car je crois que c’est l’une des sources principales de nos maux actuels. » Guy Boulianne, 7 août 2026

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➽ La vie de Louis Brandeis, premier juge juif de la Cour suprême des États-Unis : exploration des « questions de vie privée » et des liens avec des cultes ancestraux

Par Elliot Klayman, le 4 juillet 2010

En 1890, la Harvard Law Review publia un article de Samuel Warren et Louis Brandeis intitulé “Le droit à la vie privée”. Cet article était motivé par le constat et la crainte que « ce qui se murmure dans le placard finisse par être proclamé sur les toits ». Brandeis et Warren étaient indignés par les abus de la presse qui s’immisçait dans la vie privée, portait atteinte à la réputation et diffusait des portraits de personnes privées sans leur consentement. Ces préoccupations furent le principal moteur de la rédaction de cet article par Warren et Brandeis. Présentant la vie privée comme une forme de droit de propriété, l’article suscita un vif intérêt auprès des juges. Il fut, en réalité, l’élément déclencheur de la reconnaissance judiciaire généralisée du délit d’atteinte à la vie privée et témoigne de l’impact qu’un article de doctrine peut avoir sur l’évolution de la common law. Par ailleurs, cet article, coécrit par Louis Brandeis, offre un aperçu de la personnalité et du tempérament du juge.

L’article reflétait bien la personnalité privée de Louis Brandeis. De l’avis général, il était détaché, distant et réservé.⁶ Cet article s’interroge sur les raisons de ce comportement. À travers cette analyse, il retrace la vie de Louis Brandeis, premier juge juif de la Cour suprême des États-Unis et l’un des plus brillants magistrats à avoir siégé à cette haute juridiction. Il évoque son parcours, sa pratique du droit, son adhésion au sionisme, sa nomination à la Cour suprême et l’opposition rencontrée, ainsi que ses positions sur la liberté d’expression et le droit à la vie privée, forgées par les affaires qu’il a jugées durant son mandat. Il s’attarde ensuite sur un aspect de sa vie qui reste flou (et qui pourrait expliquer son détachement, son goût pour la discrétion, ainsi que ses intérêts et ses motivations), avant de conclure.

Son parcours

En réaction à l’antisémitisme, après l’échec de la révolution de 1848 dans les États allemands, et en quête d’opportunités économiques, Adolph Brandeis se rendit aux États-Unis, cherchant à faciliter l’accès à sa famille. L’année suivante, plusieurs membres de sa famille et sa fiancée, Frederika, embarquèrent à Hambourg et arrivèrent à New York, où Adolph les accueillit. Peu de temps après, Adolph et Frederika se marièrent. Bien que conscients de leur héritage juif, ils n’étaient pas particulièrement religieux. Ils semblaient ressembler à beaucoup d’autres Juifs originaires des terres allemandes de cette époque, qui naviguaient entre leur identité juive privée et leur identité allemande publique. Le jeune couple était cultivé et appartenait à la classe moyenne. Après la naissance de leur premier enfant, Fanny, ils s’installèrent à Louisville, dans le Kentucky, où deux autres enfants naquirent avant la naissance de Louis Brandeis, le 13 novembre 1856. Les entreprises d’Adolph prospérèrent.

La guerre de Sécession commença avant le cinquième anniversaire de Louis, et ses premiers souvenirs sont ceux de sa mère fournissant de la nourriture et du café à l’armée nordiste. Dès son plus jeune âge, Louis excellait dans ses études et reçut reconnaissance et éloges pour ses réussites. Au début des années 1870, le Sud fut frappé par une crise économique et la fortune de la famille Brandeis déclina. En conséquence, Adolph dissout son entreprise et emmena sa famille en Europe, où ils arrivèrent en Angleterre durant l’été 1872. Louis, alors âgé de seize ans, profita de quelques vacances, puis fut admis à l’Annen-Realschule de Dresde, où il excella à nouveau dans ses études. Néanmoins, le mal du pays le gagna et il décida de suivre les traces de son oncle maternel, Lewis Dembitz, et d’étudier le droit.

Louis Brandeis retourna à Louisville avec sa famille et, à l’automne 1875, il entra à la faculté de droit de Harvard. Il y découvrit la méthode des cas, une approche révolutionnaire de l’enseignement du droit à l’époque. Il y excella et obtint des résultats exceptionnels. Diplômé avec distinction, il fut choisi par ses camarades pour prononcer le discours de remise des diplômes.

Après de brèves fiançailles, Louis épousa sa cousine germaine, Alice Goldmark, née de parents juifs viennois immigrés. Ensemble, ils formèrent un partenariat égalitaire, où elle conseillait Louis sur la promotion de causes progressistes. Ils eurent deux filles. Alice était de santé fragile et souffrait de périodes de fatigue et de malaise, probablement dues à un trouble de l’humeur.

Louis avait lui-même des problèmes de santé. Il était maigre et physiquement faible. Ses yeux étaient atteints d’une anomalie qui l’empêchait de lire de longues heures, surtout le soir. Ces « handicaps », qui allaient le tourmenter toute sa vie, ne l’empêchèrent pas de devenir un brillant avocat.

L’avocat Louis D. Brandeis à son bureau, vers 1900.

Son cabinet d’avocats

Les parents de Brandeis n’étaient pas entièrement ravis lorsque leur fils décida d’exercer le droit à Saint-Louis plutôt qu’à Louisville. Ils le soutinrent néanmoins. Il fut admis au barreau du Missouri et commença à exercer dans un cabinet privé. Par la suite, il écrivit à sa sœur qu’il était « enclin à la mélancolie et à la moralisation sur la dépravation totale de l’homme et de la femme ». Il est probable qu’il souffrait au moins d’un ennui extrême ou d’une légère dépression ; mais cela se dissipa rapidement lorsqu’il partit pour Boston, en quête de stimulation intellectuelle et d’activité stimulante.

Brandeis rejoignit à Boston l’un de ses camarades de Harvard Law School, Samuel Warren, avec lequel il avait précédemment co-écrit l’article « Le droit à la vie privée ». Ensemble, ils exercèrent le droit dans le centre de Boston. À temps partiel, Brandeis travailla comme clerc auprès d’Horace Gray, juge de la Cour suprême du Massachusetts, qui deviendra plus tard juge associé à la Cour suprême des États-Unis. Grâce à son réseau, le cabinet Warren & Brandeis se développa et prospéra. La réputation de Brandeis en tant qu’avocat compétent s’accrut également. Un véritable tournant se présenta cependant lorsqu’on lui offrit un poste de professeur à temps plein à Harvard Law School. Malgré la tentation, il refusa l’offre afin de se consacrer au perfectionnement de ses compétences en plaidoirie.

Brandeis avait une philosophie et une approche non conventionnelles en matière de représentation des clients. Il avait le sens de l’équité et cherchait à l’imposer à ses clients. Selon lui, il ne représentait pas seulement le client, mais en quelque sorte toutes les parties au litige, y compris le public. Ses détracteurs l’accusèrent, à cet égard, d’agir de manière contraire à l’éthique et de transgresser les règles déontologiques. Plus tard, ils s’opposeront à sa nomination à la Cour suprême pour ces raisons et d’autres encore.

Brandeis était perçu comme un avocat du peuple, et se voyait probablement lui-même comme tel. Dans un discours prononcé en 1905, il déclara : « On entend beaucoup parler de l’avocat des entreprises, et bien trop peu de l’avocat du peuple. » Il était davantage un avocat d’intérêt public, agissant en toute indépendance et cherchant à limiter les excès des grands et des petits justiciables. Il condamnait notamment ce qu’il appelait le « fléau de la démesure ». Il s’efforçait toujours d’intégrer son sens de l’équité au droit. Il ne s’agissait pas d’une simple défense aveugle de son client. En ce sens, il conservait toujours une certaine distance par rapport à lui.

La philosophie juridique de Brandeis évoluait. Bien qu’initialement du côté de la direction dans les conflits entre employeurs et employés, il commença à percevoir l’inégalité des chances. Il changea d’avis en cours de route, alors même qu’il préparait un cours de droit des affaires qu’il enseignait au MIT. Brandeis en vint à reconnaître que « la common law, élaborée dans des conditions de vie plus simples, ne permettait pas de s’adapter aux relations complexes du système industriel moderne ». Il constata comment ces usines opprimaient les ouvriers. Il s’engagea dans des causes publiques. Il lutta contre les conditions inhumaines de l’hospice d’État de Boston. Il milita pour une baisse des droits de douane au nom de l’intérêt public. Défendant l’intérêt général, Brandeis plaida ces questions devant les instances législatives et réglementaires. À cette fin, il s’attaqua à la monopolisation des transports publics et aux augmentations des tarifs ferroviaires. Il était sensible à la détresse des ouvriers, conscient de l’oppression qu’ils subissaient de la part des employeurs. Lorsqu’il s’agissait de causes publiques, il était passionné et infatigable. Beaucoup pensaient que Brandeis bénéficiait de généreux financements pour ses engagements publics. En réalité, bien au contraire, il en assumait souvent lui-même le coût.

Même dans sa défense des causes publiques et de ses clients, son détachement, sa différence, étaient perçus. Il se tenait à l’écart des institutions et du monde juridique traditionnel. Ce détachement révélait peut-être, voire découlait, d’un sombre secret enfoui dans le passé de ses ancêtres.

Il a innové en créant le “mémoire Brandeis” dans une affaire de législation sociale portant sur la limitation du temps de travail des femmes, une mesure qu’il a soutenue. Ce mémoire a permis de rassembler une quantité considérable de données empiriques sur les conséquences néfastes du travail prolongé sur la santé et le bien-être des femmes. Ce fut l’une de ses nombreuses contributions au domaine juridique. Ses engagements, cependant, ne se limitaient pas au droit.

Carte de membre du Cercle sioniste de Washington de Louis D. Brandeis : .« Je souhaite rejoindre le Cercle sioniste de Washington, car je crois que la patrie des Juifs devrait être rétablie en Palestine, conformément au Programme de Bâle et à la Déclaration Balfour ».

Son adhésion au sionisme

Louis Brandeis était tellement fasciné par son oncle, Lewis Dembitz, qu’au début de son adolescence, il remplaça son deuxième prénom, David, par le nom de famille de ce dernier. Son oncle était un Juif pratiquant qui connut une conversion radicale à l’âge de 13 ans. Brandeis, qui reçut une éducation juive essentiellement laïque au sein de sa propre famille, décrivit comment la célébration du sabbat par son oncle l’avait marqué :

« Je me souviens très bien de la joie et de l’émerveillement avec lesquels mon oncle accueillait le jour et de la piété avec laquelle il le célébrait. Je me rappelle les friandises supplémentaires, l’allumage des bougies, les prières récitées avec un verre de vin, les chants pittoresques et l’oncle Lewis plongé dans ses livres pendant la majeure partie de la journée. Je me souviens plus particulièrement de cette chose insaisissable qui émanait de lui, qu’on appelait la « paix du sabbat »… L’oncle Lewis disait qu’il goûtait un avant-goût du paradis. »

L’oncle Lewis était avocat, sioniste actif et juif orthodoxe. Bien que Brandeis n’ait jamais adopté la forme de piété juive manifestée par son oncle, il embrassa avec passion le droit et, plus tard dans sa vie, le sionisme. Le terme sionisme est issu de la Bible hébraïque, où le mot Sion est fréquemment employé par les prophètes pour désigner la terre promise au peuple juif par Dieu, par l’intermédiaire des patriarches. L’esprit du sionisme, ce désir profond de retourner en cette terre, fut exprimé par le psalmiste lors de l’exil babylonien :

« Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis, et nous pleurions en nous souvenant de Sion. Nous avions suspendu nos harpes aux saules, car là, ceux qui nous avaient emmenés captifs nous réclamaient un chant ; ceux qui nous avaient dévastés nous réclamaient de la joie, disant : « Chantez-nous un des chants de Sion ! » Comment chanterions-nous les cantiques du Seigneur en terre étrangère ? Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite perde son habileté ! Si je ne me souviens pas de toi, que ma langue se colle à mon palais, si je ne préfère pas Jérusalem à ma plus grande joie ! »

Ce sentiment de se souvenir de Sion et d’y retourner est au cœur du sionisme. Apparu peu après la destruction du second Temple en 70 de notre ère, ce désir s’est exprimé à travers les âges dans des prières, des poèmes et d’autres écrits. En effet, la prière collective, célébrée trois fois par jour à la synagogue, implore Dieu de reconstruire Sion et le Temple de Jérusalem.

Le sionisme moderne n’a émergé sous une forme organisée qu’au cours du troisième quart du XIXe siècle. Animés par l’antisémitisme en Europe et un esprit pionnier, les Juifs ont commencé à retourner en Terre promise par vagues d’immigration à partir des années 1880. Le sionisme se déclinait en plusieurs courants, selon les motivations. Le sionisme religieux, puisant son élan dans l’inspiration religieuse, était enraciné dans le messianisme. Les sionistes pragmatiques étaient animés par le désir de voir un foyer national pour le peuple juif afin d’échapper aux ravages de l’antisémitisme à travers le monde. Le sionisme laïque, quant à lui, visait à réaliser un idéal utopique à travers l’État d’Israël. Malgré ces diverses orientations sionistes, exprimées par des philosophies et des motivations différentes, Theodor Herzl est reconnu comme le père du sionisme moderne. Herzl n’était pas un Juif religieux. Avec son sionisme politique, il œuvrait pour un foyer national pour le peuple juif dispersé à travers le monde, protégé par le droit international. Il a exposé ce plan dans son livre, Der Judenstaat.

En 1910, Brandeis fut captivé par la vision de Herzl, présentée par Jacob de Haas, rédacteur d’un journal juif de Boston. De Haas, qui avait abordé Brandeis au sujet d’une assurance-vie proposée par une caisse d’épargne, avait été un proche collaborateur de Theodor Herzl, lequel l’avait auparavant envoyé en Amérique pour y promouvoir le sionisme. Herzl mourut subitement en 1904, mais sa vision et son Organisation sioniste mondiale étaient encore très présentes. Après la discussion politique, de Haas mentionna l’oncle de Brandeis, Lewis Dembitz, ignorant apparemment l’affection que ce dernier lui portait. Intrigué, Brandeis insista pour que de Haas lui en dise plus sur le lien entre son oncle et le sionisme. De Haas s’exécuta sans hésiter et lui fournit des documents. Peu de temps après, Brandeis était devenu un « sédentaire convaincu ».

En 1914, lorsque les hostilités éclatèrent dans le monde, le sort des Juifs d’Europe était en jeu. Brandeis était conscient des souffrances des Juifs en Russie, en Pologne et dans d’autres pays d’Europe de l’Est, comme en témoigne une lettre qu’il écrivit à son frère. La même année, à Boston, Brandeis prit la parole lors d’un rassemblement sioniste. Le Dr Nahum Sokolow y affirma qu’un État juif en Palestine était la seule solution à la situation de « sans-abri » des Juifs. En réponse, Brandeis se leva d’un bond et déclara :

« Merci, Docteur Sokolow, vous m’avez ramené à mon peuple. Pendant de longues années qui constituent ma propre vie, j’ai été, dans une large mesure, séparé des Juifs. Je suis très ignorant de la culture juive. »

Brandeis se passionnait pour la cause du sionisme et l’embrassa de tout son cœur avec la vitalité qui le caractérisait. Bien que son éducation fût superficielle et qu’il ne fût pas un Juif pratiquant, il aspirait à une dimension spirituelle profonde. Brandeis éprouvait parfois un sentiment de désespoir, un profond vide, peut-être alimenté par la culpabilité de s’être éloigné de sa religion et par le besoin de défendre la cause de son peuple. Bien que détaché du judaïsme, il n’ignorait certainement pas l’histoire et le sort tragique du peuple juif à travers les âges – ses pérégrinations, son exil et ses persécutions – depuis l’Égypte antique jusqu’à nos jours. Il éprouvait de l’empathie pour les opprimés, et l’époque était marquée par l’oppression. Les Juifs de Russie subissaient de fausses accusations, des pillages, des pogroms, des meurtres et des massacres. Ils étaient systématiquement exclus des grandes villes, des emplois les plus intéressants et de l’accès à l’éducation. En Allemagne, malgré l’émancipation, l’antisémitisme restait virulent. L’affaire Dreyfus en France témoigna que, même après l’émancipation, les Juifs étaient la cible d’une discrimination extrême.

Brandeis ne pouvait oublier qu’il était juif. À plusieurs reprises dans sa pratique, on le lui rappelait, notamment par des attaques personnelles fondées sur ses origines ; même une grande partie de l’opposition à sa nomination comme juge associé à la Cour suprême était teintée d’antisémitisme. Et même un juge associé qui devait siéger avec lui à la Haute Cour afficha des sentiments antisémites à son égard. Dès lors, il ne pouvait nier l’existence de l’antisémitisme, même dans ce pays qui offrait tant d’opportunités à lui et à tant d’autres. Il attendait la bonne cause. Le sionisme était cette cause. Lorsqu’il comprit qu’il pouvait faire une différence pour le peuple juif – un peuple opprimé –, il était prêt à se montrer à la hauteur. Il ne lui manquait que l’occasion.

Cette occasion se présenta pour la première fois à New York en 1914, lorsqu’il devint nécessaire de créer un Comité sioniste d’urgence provisoire aux États-Unis afin de faciliter l’aide aux Juifs opprimés du monde entier. De Haas proposa la candidature de Brandeis à la présidence de ce Comité. Il accepta le poste et s’y consacra avec le zèle d’un avocat inspiré. Par la suite, Brandeis prit la tête de la Fédération des sionistes américains (la Fédération) et la redynamisa en multipliant par dix le nombre de ses membres et en augmentant considérablement son budget.

Le sionisme n’était certainement pas unanime au sein de la communauté juive mondiale. Il comptait de nombreux opposants respectés. Judah Magnes, premier président de l’Université hébraïque de Jérusalem, Martin Buber, le célèbre philosophe juif, et Albert Einstein s’opposaient tous aux « sionismes conventionnels » et privilégiaient une forme de gouvernement binational (à deux États). À cette époque, la plupart des Juifs d’Europe occidentale étaient installés dans leur émancipation. Assimilés en France et en Allemagne, ils avaient négocié une sorte de compromis avec leur tradition religieuse en contrepartie de leur citoyenneté. L’idée d’un État juif ne les séduisait pas tous. Ils préféraient être d’abord français, d’abord allemands, d’abord anglais, et profiter des avantages de l’acculturation. Louis Brandeis, néanmoins, reconnaissait la valeur d’un État séparé pour le peuple juif et adhérait à la vision de Theodor Herzl telle que de Haas la lui avait présentée.

Brandeis ne croyait pas qu’Israël appartienne à tous les Juifs. Il a forgé son identité de Juif américain et était convaincu de pouvoir faire progresser la cause sioniste en Amérique. Le sionisme de Brandeis était un sionisme américain. Selon lui, le sionisme reflétait les idéaux de l’américanisme : la démocratie, l’égalitarisme et la justice sociale. À ses yeux, sionisme et américanisme étaient compatibles. Les bons Juifs faisaient de bons Américains et les bons Juifs se devaient d’être sionistes. Brandeis a insufflé une nouvelle énergie au sionisme en Amérique, et son charisme a exercé une forte attraction sur la communauté juive américaine. Il s’est efforcé d’unifier le mouvement sioniste américain. Dans cette optique, il a rencontré une forte opposition, mais aussi de nombreux succès.

Un conflit se préparait entre l’American Jewish Committee (AJC), dirigé par Louis Marshall, peu favorable au sionisme, et la Fédération, dirigée par Louis Brandeis. Ce dernier reconnaissait la nécessité d’un Congrès juif, qui réunirait des représentants des organisations juives pour traiter des problèmes auxquels était confrontée la diaspora juive. Fidèle à sa position habituelle, il opta pour une approche démocratique égalitaire, prônant une large représentation et une grande ouverture. Marshall, quant à lui, s’accrochait à l’idée d’un forum restreint et fermé, avec des groupes sélectionnés et une forme de représentation plus républicaine. Une impasse semblait se profiler. L’AJC boycotta la conférence préliminaire du Congrès. Mais la stature de Brandeis grandissait, et lorsqu’il fut nommé à la Cour suprême des États-Unis à l’hiver 1916, aucun Juif n’avait une influence plus importante dans le pays. L’AJC tenait une réunion à l’hôtel Astor de New York pour discuter du Congrès, et Marshall invita Brandeis, donnant l’impression d’être disposé à la réconciliation et au compromis. Cependant, lors de cette réunion, Brandeis fut pris à partie verbalement par Judah Magnes et d’autres. Cet incident le poussa à se retirer de toutes les fonctions et responsabilités liées au sionisme. Néanmoins, il demeura un fervent défenseur de la cause et continua de gouverner en coulisses par l’intermédiaire de ses partisans sionistes. Brandeis œuvra sans relâche à la réalisation de sa vision d’une Organisation Sioniste d’Amérique (ZOA) unique, sous laquelle tous les sionistes américains se rassembleraient. Au printemps 1918, la Fédération des Sionistes Américains, une organisation informelle qui cherchait à fédérer d’autres organisations, se dissout, ainsi que de nombreuses autres organisations sionistes. Pour combler ce vide, la ZOA fut créée dans le but de collecter des fonds pour les Juifs en détresse à travers l’Europe et de contribuer à l’édification de la Palestine en tant que refuge pour les Juifs. De sa création naquit la Plateforme de Pittsburgh, qui mettait l’accent sur les droits de tous les peuples de Palestine, le développement foncier, l’éducation gratuite et l’hébreu comme langue véhiculaire.

Brandeis œuvra aux États-Unis, à l’instar de Theodor Herzl sur la scène internationale, par le biais de la diplomatie politique. En 1917, les États-Unis entrèrent en guerre et la Grande-Bretagne annonça ce qui allait devenir la Déclaration Balfour : le gouvernement britannique affirmait qu’il « considérerait favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… ». Cette déclaration engageait la Grande-Bretagne à « faire tout son possible pour faciliter la réalisation de cet objectif… ». Brandeis et Chaim Weizmann collaborèrent à la formulation précise de ce texte, et Brandeis fit pression pour obtenir l’approbation du président Wilson. Puis vint la victoire des Alliés. La Turquie capitula et la Palestine passa sous domination britannique. La Conférence de paix de Paris offrit aux sionistes l’occasion de mettre la Grande-Bretagne face à ses responsabilités. Bien que Brandeis ne se soit pas rendu initialement à la Conférence, il y envoya Felix Frankfurter, qui y contribua grandement à faire progresser la cause sioniste. Durant la suspension des travaux de la Cour suprême durant l’été 1919, Brandeis, accompagné de sa fille et de Haas, embarqua pour Paris afin de participer à la Conférence de la Paix, avec l’ambition de relancer l’espoir sioniste. Il voyagea à Paris, en Égypte et en Palestine, avant de revenir à Paris. Profondément touché par Jérusalem, il ressentit une vive émotion qu’il consigna dans une lettre à son épouse. Cependant, il constata également l’épidémie de paludisme et l’antisémitisme des soldats britanniques, qui se propageait parmi les Arabes. À son retour à Paris, il s’opposa à Weizmann au sujet du rôle de l’Organisation sioniste mondiale, de la stratégie d’éradication du paludisme et de la meilleure façon de construire la Palestine. Ces deux hommes étaient des leaders charismatiques et visionnaires. Malheureusement, leurs points de vue divergeaient.

Au printemps 1920, les nations victorieuses conclurent la paix à San Remo, où elles entérinèrent la création d’un foyer national juif sous protectorat britannique. C’est là que Brandeis exposa son point de vue sur la manière de gérer les questions comptables. Il s’agissait de l’approche est-européenne consistant à regrouper tous les dons en un seul compte, contrairement à la pratique allemande de séparer les comptes afin de garantir des mécanismes de contrôle et d’empêcher tout détournement de fonds. Parallèlement, les délégations américaines commençaient à s’irriter de l’absence de Brandeis au sein du mouvement. Sa popularité déclina. Son dernier affrontement avec Weizmann eut lieu à Cleveland, dans l’Ohio, où la position de Weizmann au sein de la ZOA sur le mélange des dons et des investissements généraux prévalut. Conformément aux instructions de Brandeis, ses partisans membres du comité exécutif démissionnèrent et quittèrent la convention. Brandeis était intransigeant sur les principes qu’il considérait comme des impératifs moraux. Bien qu’il se soit retiré de la conférence de la ZOA de Cleveland, il n’a pas disparu pour autant. Il s’est fait plus discret et, avec ses associés sionistes, s’est préparé à revenir se battre pour les principes et l’approche du sionisme auxquels il était profondément attaché .

Face à l’inefficacité manifeste de la ZOA, voire à des activités douteuses, le groupe Brandeis chercha à reprendre le pouvoir. Mais les dirigeants en place n’étaient pas prêts à abandonner le navire sans combattre, même s’il était en train de couler. La convention de 1928 se tint à Pittsburgh et, malgré une bonne performance du groupe Brandeis, le président sortant, Louis Lipsky, conserva son poste. L’année suivante, la Palestine s’embrasa lorsque des foules arabes attaquèrent des Juifs dans leurs commerces et leurs maisons, faisant plus de 100 morts. Le ressentiment entre Arabes et Juifs en Palestine était réciproque. Les effendis, riches propriétaires terriens arabes, étaient furieux de voir les colons juifs empiéter sur leur enclave ; ils craignaient que les fellahs (petits paysans arabes) ne soient influencés par le modèle européen de gouvernement représentatif. Offensés par l’atteinte à leur souveraineté, ils commençaient à nourrir des aspirations nationalistes. Les Juifs étaient tout aussi indignés par ces propriétaires terriens qui avaient tué des colons innocents. Les tensions étaient vives.

La Grande-Bretagne revenait sur ses engagements Balfour de 1917. Brandeis apprit que la Grande-Bretagne entendait définir la doctrine en limitant l’immigration juive en Palestine. Ses informations s’avérèrent globalement exactes. Le 17 mai 1939, la Grande-Bretagne publia son « Livre blanc », annonçant une restriction de l’immigration juive en Palestine à 75 000 Juifs sur les cinq années à venir, ainsi que de sévères restrictions à l’acquisition de terres par les Juifs. Des foyers d’antisémitisme, profondément enracinés dans l’armée et d’autres hautes sphères de la société britannique, alimentaient sans aucun doute l’antisémitisme contre les colons juifs. La solution britannique consistait à freiner l’immigration juive. Rien de tout cela n’était acceptable pour Brandeis. Tel un « prophète », il perçut les nuages ​​menaçants à l’horizon et mobilisa ses troupes, faisant appel à ses ressources pour reconquérir la Zone d’action pour les Juifs (ZOA). Bien qu’il refusât de reprendre un rôle de premier plan sur la scène politique, il orchestra néanmoins un coup d’État pacifique, qui permit à son style de leadership pragmatique de reprendre le contrôle de la ZOA. Il s’efforça ensuite de convaincre les diplomates britanniques de la nécessité de respecter la Déclaration Balfour. Il fit pression sur le nouveau président, Franklin D. Roosevelt. Il informa le public de la menace croissante en Allemagne, avec la montée en puissance d’Adolf Hitler, et exhorta la communauté juive allemande à quitter le pays. Il accomplit tout cela alors qu’il siégeait comme l’un des « neuf prophètes » à la Cour suprême des États-Unis.

Membres de la Cour suprême des États-Unis, vers 1916. Brandeis se trouve dans le coin supérieur gauche.

Sa nomination à la Cour suprême et l’opposition

Louis Brandeis était une figure familière du président Wilson. Il avait œuvré sans relâche pour l’élection de Wilson et, une fois à la Maison-Blanche, Wilson sollicitait fréquemment les conseils de Brandeis, notamment en matière économique. Il souhaitait lui proposer un poste ministériel, mais il ne put s’opposer à l’opposition politique à une telle nomination. Brandeis fut écarté du poste de procureur général au profit de James McReynolds, un démocrate du Sud, qui fut par la suite nommé à la Cour suprême, où il siégea aux côtés de Brandeis. Wilson se souvint de Brandeis lorsqu’un poste se libéra à la Cour suprême. Wilson pensait peut-être que cette nomination renforcerait ses chances d’être réélu, en lui assurant le vote des progressistes et des Juifs. Aucun Juif n’avait jamais été nommé à la Cour suprême, bien qu’en 1853, le président Millard Fillmore ait envisagé la candidature de Judah Benjamin. Ce dernier déclina l’offre, préférant se présenter aux élections sénatoriales. Le président Wilson soumit alors le nom de Brandeis à la confirmation du Sénat, sachant que cela susciterait la controverse. Ce fut une surprise pour beaucoup et une déception pour l’ancien président Howard Taft, qui aspirait clairement à ce poste à la Cour suprême. La controverse s’intensifia. Derrière les objections selon lesquelles son caractère était défaillant, qu’il manquait d’intégrité et de tempérament judiciaire, qu’il était contraire à l’éthique, voire sans scrupules, se cachaient des relents d’antisémitisme ancestral. Le New York Sun laissa entendre que son appartenance à la communauté juive pourrait jouer en sa faveur.

« S’il était contraint de comparaître devant le Sénat uniquement sur la base de ses mérites, il serait battu. Il existe cependant un risque que la question raciale vienne s’immiscer dans la lutte, et dans ce cas, il serait difficile de prévoir le vote des sénateurs. »

Les sénateurs ne voulaient pas paraître opposés à Brandeis de peur que cela ne soit interprété comme de l’antisémitisme. Henry Cabot Lodge, sénateur républicain du Massachusetts, a repris les propos du New York Sun :

« Si Brandeis n’était pas juif, et juif allemand de surcroît, il n’aurait jamais été nommé et n’aurait pas obtenu treize voix au Sénat. »

Le président de l’université Harvard, A. Lawrence Lowell, signa une pétition avec cinquante-quatre autres avocats et, dans une lettre, accusa Brandeis de manque de scrupules. Des années plus tard, Lowell chercha à imposer des quotas juifs aux admissions à Harvard, analogues au numerus clausus imposé aux Juifs en Europe aux XIXe et XXe siècles.

Ceux qui ont témoigné contre Brandeis devant la sous-commission judiciaire du Sénat étaient, pour la plupart, d’anciens clients ou adversaires mécontents. Ils étaient venus exprimer leur mécontentement, reprochant à Brandeis de ne pas avoir fait toute la lumière sur leur affaire, d’avoir accepté une affaire en situation de conflit d’intérêts ou de ne pas avoir défendu leurs intérêts. Le fil conducteur de ces critiques était d’ordre financier. Derrière cela se cachait peut-être une forme d’antisémitisme économique répandue en Europe occidentale, mais ici dissimulée sous un voile plus subtil. Par exemple, en Allemagne, la responsabilité de tous les problèmes financiers de l’État était expressément imputée aux Juifs. Ici, il s’agissait d’une forme plus insidieuse : les victimes de difficultés économiques ou les perdants de procès blâmaient Brandeis, le Juif représentatif. La motivation antisémite pouvait même échapper à la conscience de l’accusateur. Néanmoins, elle était omniprésente. Arthur Hill, un avocat de Boston, expliquait l’opposition à Brandeis en déclarant : « M. Brandeis est un étranger, qui a réussi et qui est juif », ce qui « expliquait suffisamment la plupart des sentiments hostiles à son égard ». Le président Wilson confia à Stephen Wise, rabbin et porte-parole sioniste de premier plan : « On ment plus sur l’affaire Brandeis que sur tout autre sujet que je connaisse. » Ces propos laissaient transparaître un sentiment antijuif pur et simple.

Lors d’un vote partisan de 3 voix contre 2, la sous-commission judiciaire a recommandé la confirmation. La commission plénière, également selon les lignes partisanes, a adopté la recommandation de la sous-commission par 10 voix contre 8, et le Sénat a suivi, par 47 voix contre 22 en faveur de la confirmation. Le 4 juin 1916, Louis Dembitz Brandeis a prêté serment comme premier juge juif à la Cour suprême des États-Unis. Plus important encore, il a été acclamé presque universellement, par les libéraux comme par les conservateurs, comme l’un des plus grands juges de tous les temps.

Photographie de Louis D. Brandeis dans son bureau de Boston avec Alice Grady et Irving Hurst (1916).

Ses décisions à la Cour

Brandeis a mis son expérience d’avocat au service de la magistrature. Juge travailleur et très méticuleux dans la préparation de ses opinions, il privilégiait la persuasion pour rallier les autres juges à son point de vue, plutôt que les compromis et les “marchandages” politiques internes si courants à la Haute Cour.

Brandeis avait une véritable passion pour le monde universitaire. Il invita son ami Felix Frankfurter, professeur de droit à Harvard, à encourager les étudiants en droit à analyser les arrêts de la Cour dans des articles de revues juridiques. Brandeis était « obsédé » par les faits d’une affaire. Nombre de ses opinions contenaient de longs exposés du droit, dans le but d’exposer, par exemple, les faits à l’origine d’une loi. Brandeis travaillait sans relâche à ses opinions. Celles-ci étaient souvent des réflexions visionnaires, en avance sur son temps. Ses opinions sur les libertés individuelles témoignaient d’une réelle conscience du potentiel d’oppression du gouvernement. Sa position sur la liberté d’expression et le droit à la vie privée reflète sa conception de la dignité individuelle et des droits de l’homme.

La disposition relative à la liberté d’expression du Premier Amendement était encore peu développée lorsque Brandeis arriva à la Cour suprême en 1916. Il commença à être saisi de nombreuses affaires concernant la liberté d’expression, en réaction aux restrictions imposées par le président Wilson à cette liberté pendant la Première Guerre mondiale. Oliver Wendall Holmes rédigea l’avis majoritaire dans l’affaire Schenk contre les États-Unis. Dans cet avis, il limitait la liberté d’expression au « danger clair et imminent ». Bien que Brandeis se soit joint à la majorité, il le regretta par la suite et, dans une série de trois affaires relatives à la liberté d’expression, il commença à faire évoluer le droit dans le sens où la liberté d’expression est primordiale et, à l’instar des droits de propriété, protégée par la clause de procédure régulière. Pour Brandeis, la notion de « danger clair et imminent », sans définition plus précise, était insuffisante pour garantir à la liberté d’expression la protection voulue par les rédacteurs de la Constitution. Il n’était pas à l’aise avec le fait de laisser la détermination du « danger clair et imminent » à des jurés qui n’étaient pas des « enquêteurs de faits formés ». Par conséquent, il a estimé dans son opinion dissidente dans l’affaire Schaefer contre les États-Unis que le discours allégué devait satisfaire à un critère préliminaire avant d’être soumis au jury :

« Si les propos étaient de telle nature et tenus dans des circonstances telles que des personnes, en toute objectivité, ne pouvaient raisonnablement affirmer qu’ils créaient un danger clair et imminent de provoquer le mal que le Congrès recherchait et avait le droit d’empêcher, alors il est du devoir du juge du fond de dessaisir l’affaire du jury… »

En établissant une garantie procédurale et une approche fondée sur la règle de la raison, Brandeis a donné le ton aux affaires futures relatives à la liberté d’expression. De plus, dans son opinion dissidente dans l’affaire Pierce c. États-Unis, il a estimé qu’il n’était pas raisonnable de considérer qu’un tract d’un parti socialiste exprimant son indignation face à la guerre et affirmant que des intérêts financiers avaient motivé l’intervention américaine constituait une menace raisonnable passible de sanctions. Brandeis a couronné son mandat de 1920 par des opinions dissidentes en matière de liberté d’expression dans l’affaire Gilbert c. Minnesota, où il a voté contre le maintien d’une loi de l’État interdisant les discours contre la guerre. Il a dénoncé cette loi comme excessivement large, car elle condamnait le droit d’enseigner le pacifisme au sein du foyer. Il a déclaré : « Je ne peux croire que la liberté garantie par le Quatorzième amendement se limite à la liberté d’acquérir et de jouir de la propriété. » C’est là que naquit la « doctrine d’absorption », qui allait engendrer une véritable « révolution » dans l’activisme judiciaire : la protection des libertés individuelles par l’absorption sélective des garanties de la Déclaration des droits, appliquées aux États. Brandeis était désormais prêt à agir avec passion, délaissant sa traditionnelle analyse rigoureuse des faits. Dans l’affaire Whitney contre Californie, Brandeis se rallia à une opinion dissidente concernant une loi interdisant de s’organiser et de se réunir avec le Parti communiste. Dans une opinion empreinte d’émotion, il s’appuya sur la Constitution et l’intention des rédacteurs, et définit plus clairement les limites de la clause relative à la liberté d’expression. Ce faisant, il justifia son opinion par la raison d’être de la liberté d’expression. Selon Brandeis, il ne s’agissait pas simplement de permettre une approche libérale de la parole, mais de garantir la liberté. « Ils croyaient que la liberté était le secret du bonheur et le courage, le secret de la liberté. » Il poursuivit en disant :

« La crainte de blessures graves ne saurait à elle seule justifier la suppression de la liberté d’expression et de réunion. On craignait les sorcières et l’on brûlait les femmes. La fonction de la parole est de libérer les hommes du joug des peurs irrationnelles. Pour justifier la suppression de la liberté d’expression, il faut des motifs raisonnables de craindre qu’un mal grave ne résulte de son exercice. Il faut des motifs raisonnables de croire que le danger appréhendé est imminent. Il faut des motifs raisonnables de croire que le mal à prévenir est grave. »

Brandeis a ensuite défini l’imminence comme une situation où le temps ne permet pas aux voix dissidentes d’exprimer pleinement leur opinion et d’ouvrir un débat approfondi. Le remède, selon lui, n’est pas le silence, mais un discours plus ouvert pour contrer les erreurs des propos tenus. Seule une situation d’urgence justifierait la répression. Bien qu’il fût en désaccord avec la Cour de son époque, il a jeté les bases d’arrêts ultérieurs qui allaient intégrer sa réflexion mûrie sur la liberté d’expression, conférant ainsi sens et dignité au droit individuel à la liberté d’expression.

Droit à la vie privée

Dans son article co-écrit sur le droit à la vie privée, Brandeis avait anticipé certains problèmes de confidentialité qui allaient bouleverser la société trente ans plus tard. Désormais juge, il pouvait faire bien plus que rédiger un article juridique : il avait le pouvoir de participer à l’élaboration des lois. La menace ne venait plus seulement des journalistes publiant des articles compromettants, mais aussi des nouvelles technologies permettant au gouvernement d’espionner la vie privée des citoyens. Les dispositifs d’écoute téléphonique permettaient aux autorités d’entendre des conversations téléphoniques privées.

Brandeis eut l’occasion d’exprimer son opinion dans l’affaire Olmstead contre les États-Unis. Cette affaire concernait des écoutes téléphoniques illégales menées par le gouvernement fédéral dans le cadre de ses efforts pour faire appliquer la Prohibition. Des écoutes téléphoniques, tant à domicile qu’au bureau, permirent de recueillir une multitude de preuves accablantes contre des suspects, dont un policier de Seattle. La majorité confirma la légalité des écoutes, estimant qu’elles ne violaient pas le quatrième amendement, qui interdit les perquisitions et saisies abusives. Le juge en chef William Howard Taft, rédigeant l’avis majoritaire, adopta une position formaliste, observant qu’il n’y avait eu ni intrusion au domicile des accusés, ni appropriation de biens matériels, et que cela revenait à écouter une conversation où les interlocuteurs n’étaient pas contraints de parler. Brandeis, indigné, écrivit dans un rare accès de colère :

« Notre gouvernement est le maître tout-puissant et omniprésent. Pour le meilleur et pour le pire, il instruit le peuple tout entier par l’exemple. Le crime est contagieux. Si le gouvernement devient un hors-la-loi, il engendre le mépris de la loi ; il incite chacun à se faire justice soi-même ; il ouvre la porte à l’anarchie. Déclarer que, dans l’administration du droit pénal, la fin justifie les moyens – déclarer que le gouvernement peut commettre des crimes afin d’obtenir la condamnation d’un criminel privé – entraînerait des conséquences terribles. C’est contre cette doctrine pernicieuse que cette Cour doit se dresser résolument. »

Contrairement à Taft, Brandeis concevait la protection du quatrième amendement comme plus large que la simple intrusion matérielle dans un domicile. Il considérait les atteintes injustifiées du gouvernement à la vie privée comme précisément ce contre quoi les rédacteurs de la Constitution cherchaient à protéger la personne. Ils protégeaient la personne, et non seulement le lieu. Il eut également la clairvoyance d’anticiper les nouvelles formes de surveillance. Il boucla la boucle de son article de revue juridique dans l’avis de la Cour suprême (bien que dissident), lorsqu’il reconnut que ce qui est « chuchoté dans le placard » finirait par se retrouver au dossier judiciaire. Il fallut quarante ans avant que la Cour suprême ne reconnaisse la pertinence de l’approche de Brandeis dans ce domaine. Dans son avis, Brandeis caractérisa le droit à la vie privée constitutionnelle comme le « droit à la tranquillité ». Des juges ultérieurs s’appuyèrent sur ses propos et sa position pour constitutionnaliser la vie privée dans des affaires de contraception, d’avortement et de droit à mourir dans la dignité. Nous ignorons comment Brandeis aurait statué dans ces affaires, car son avis dans l’affaire Olmstead se limitait aux écoutes téléphoniques .

Tant en matière de liberté d’expression que de vie privée, Brandeis cherchait à limiter le pouvoir de l’État sur la sphère privée. De ce fait, ses opinions pouvaient être qualifiées de libérales, voire progressistes, pour l’époque. Pour expliquer le libéralisme de Brandeis, on pourrait être tenté d’évoquer son appartenance à la communauté juive, le libéralisme étant une idéologie particulièrement répandue parmi les Juifs d’Orient. Cependant, Brandeis ne se laisse pas enfermer dans ce raisonnement simpliste. La philosophie juridique et l’approche de la vie et du droit d’une personne ne se résument pas à un seul aspect. Il n’est toutefois pas absurde d’imaginer que son progressisme en matière de liberté d’expression et de vie privée soit, au moins en partie, lié à un secret bien gardé.

Photographie de Louis D. Brandeis et Jonas Friedenwald en Palestine.

Le fantôme dans le placard

Sabbatai Zevi (1626 — v. 1676)

Dans les années 1650, à la suite des massacres de Juifs de Chmielnicki en Pologne, un homme charismatique du nom de Shabbetai Tzvi que certains considéraient comme le Messie du peuple juif, fit son apparition dans l’Empire ottoman. Son comportement était étrange : il épousa une Torah, prononça le nom interdit de Dieu et se livra à des pratiques antinomiennes. À Salonique, il fut banni et excommunié de la communauté juive, apparemment en raison de son comportement bizarre et de son refus de rendre des comptes. C’est Nathan, un traditionaliste très respecté et un kabbaliste renommé, qui affirma le premier que Tzvi était le Messie. En 1666, Tzvi rendit publique sa déclaration et, dans un accès de folie auquel il était sujet, il s’adressa au sultan ottoman, croyant que le « diadème » de ce dernier serait placé sur sa tête. Au lieu de cela, il fut emprisonné et, sous la menace de la décapitation, se convertit à l’islam. Ses fervents disciples, parmi lesquels figuraient des rabbins éminents, refusèrent de l’abandonner et expliquèrent qu’il était nécessaire que le Messie descende au plus profond du péché hérétique afin de rassembler les « étincelles perdues » et de restaurer les « vases brisés », qui s’étaient brisés et dispersés lors de la création. Cette réparation cosmique (tikkoun), telle que comprise par ses adeptes, devait se réaliser en temps voulu, et cette idée prévalut parmi les disciples de Tzvi jusqu’au XXe siècle. Selon l’historien Gershom Scholem, la majeure partie du judaïsme mondial accepta la candidature de Tzvi au titre de Messie avant sa conversion, pour ensuite le répudier après son hérésie. De nombreux rabbins influents et d’autres personnes cherchèrent à dissimuler leur implication et leur adhésion à Tzvi. D’autres continuèrent à le suivre. Certains se convertirent à l’islam ; on les appelle les Dönmeh. Certains se convertirent au catholicisme, tandis que d’autres conservèrent leur identité juive. Le comportement radical de Tzvi, qui accompagna son ascension au rang de « messie », servit apparemment de modèle à un autre pseudo-messie, Jacob Frank, apparu en Pologne au siècle suivant. 123

Jacob Frank (1726 – 1791)

Frank (1726-1791) prit la tête du mouvement sabbatéen en Pologne vers 1755. C’était une période troublée pour les Juifs du sud de la Pologne, marquée par des soulèvements cosaques, la stagnation économique et l’indécision politique, autant de facteurs qui contribuèrent à leur réceptivité aux idées messianiques. Comme Tzvi, Frank se convertit à l’islam et, comme lui, fut persécuté par les autorités. Il prétendait être l’incarnation d’une ou plusieurs émanations de Dieu. En raison de son comportement antinomien, il fut excommunié de la communauté juive et se tourna vers la communauté catholique, où il se fit baptiser avec certains de ses disciples. Poursuivi par l’Inquisition à cause de ses croyances hérétiques, il fut finalement emprisonné pendant treize ans. À sa libération, il rassembla douze apôtres et douze concubines à son service et vécut le reste de sa vie dans l’opulence, la noblesse et la débauche. Sa théologie était un étrange mélange de sabbatéisme, de néo-kabbalisme et de mythologie, le tout conçu pour le présenter comme le Messie. Il se livrait à diverses formes de débauche et de péché, qu’il considérait comme des rites scripturaires et sacrés, ce qui était cohérent avec son style cultuel antinomien et ses besoins narcissiques. Après sa mort, son héritage revint finalement à sa fille Eva, qui monta sur le « trône ». Le mouvement frankiste avait son siège à Offenbach, en Allemagne, jusqu’à la mort d’Eva en 1816. Les frankistes poursuivirent leurs activités en Europe jusqu’au milieu du XIXe siècle, et plusieurs de ses disciples immigrèrent aux États-Unis au milieu du XIXe siècle, notamment la famille de Louis Brandeis.

Louis Brandeis était issu d’une des familles sabbatéennes/frankistes les plus influentes de Prague. Contrairement à Frank, qui s’était converti à l’islam ou au catholicisme, ils conservèrent une identité juive, tout en restant très éloignés des rituels et pratiques juives. Sa mère, Frederika Dembitz Goldmark Brandeis, « méprisait les cérémonies religieuses formelles et encourageait ses enfants à valoriser les enseignements éthiques des religions, notamment du judaïsme, tout en rejetant les rituels ancestraux ». Brandeis grandit dans cet environnement familial où, bien que né juif, il ne reçut pas une éducation juive. En effet, il célébrait Noël, mais pas les fêtes juives ; il ne respectait ni les règles de la cacheroute ni le shabbat. Il était très peu impliqué dans la pratique juive.

L’oncle maternel de Brandeis, Gottlieb Wehle, rédigea un testament éthique dans lequel il exhortait les membres de sa famille à « respecter la tradition de leurs ancêtres, marquée par un mépris antinomien pour le judaïsme normatif des rabbins traditionnels ». Il s’agissait peut-être d’une réaction au déclin de l’attachement de la famille à la secte frankiste. Ce sont les proches du juge Brandeis qui révélèrent une copie d’une partie de ce testament à Gershom Scholem, lequel le publia. De fait, Brandeis manifesta un vif intérêt pour les origines de sa mère, comme en témoigne son insistance à ce qu’elle écrive l’histoire de la famille, ce qu’elle fit (Burt, p. 121). Bien qu’elle n’ait jamais clairement exprimé son appartenance à la secte frankiste, elle y fit allusion. Dans ses lettres, elle éclaire les raisons de la rupture de Louis Brandeis avec le judaïsme traditionnel. L’atmosphère qui se dégage de ses lettres, où elle détaille ses origines familiales, révèle un climat anti-traditionnel. Cela rappelait une époque à Prague où il était courant d’être juif ethniquement, allemand culturellement et autrichien politiquement. Pourtant, la famille Brandeis, manifestement influencée par la secte frankiste, avait renié son identité juive et n’avait exposé son fils Louis qu’aux aléas de cette identité.

La mère de Brandeis lui offrit une reproduction d’un portrait d’Eva Frank (fille de Jacob Frank et son héritière spirituelle à sa mort), un héritage précieux réservé aux descendants privilégiés des frankistes. Cette génération de frankistes avait rejeté, voire oublié, les pratiques déviantes du fondateur ; les générations précédentes avaient même détruit toute trace écrite de leur appartenance à la secte, allant jusqu’à faire du porte-à-porte pour recueillir mémoires et autres écrits, afin de se débarrasser de ces « preuves » embarrassantes. Ils conservaient néanmoins une certaine fierté élitiste d’être liés au passé de la secte. Cette fierté transparaissait dans les lettres de la mère de Brandeis à son fils ; ses descriptions de cette communauté soudée évoquent la secte frankiste en termes clandestins. Ainsi, nous savons que Louis Brandeis connaissait ce « fantôme du placard », qu’il aurait été imprudent de révéler ouvertement. Cela l’a peut-être rendu particulièrement sensible à l’importance du droit à la vie privée (qu’il a défini dans son article co-écrit intitulé « Le droit à la vie privée » comme le droit à une « personnalité inviolable ») et du droit à la liberté de conscience.

Louis Brandeis prit pour épouse sa cousine germaine, Alice, une pratique courante chez les Juifs et les frankistes à cette époque. Elle aussi était une descendante du cercle des Juifs crypto-frankistes et connaissait sans aucun doute le secret du passé familial.

Il est bien établi que les individus acquièrent des traits de caractère, et à cet égard, la transmission de parents à enfants est importante. Par exemple, les enfants de survivants de l’Holocauste portent souvent les stigmates et les séquelles d’une enfance marquée par le traumatisme de l’Holocauste subi par leurs parents. Cela peut se manifester par diverses réactions profondément ancrées, telles que la paranoïa, les phobies, le repli sur soi, et bien d’autres traits de caractère. Il n’est pas absurde de supposer que la personnalité de Louis Brandeis a été en partie façonnée par le secret longtemps gardé, voire refoulé, par ses parents venus aux États-Unis pour refaire leur vie, loin de toute influence sectaire.

Brandeis a été décrit par ses biographes, les historiens et ceux qui l’ont connu comme « détaché » et « un étranger ».

« Tout au long de sa vie, Brandeis s’est senti seul, en marge de la société. Bien qu’il ait eu de nombreuses occasions de nier cette situation, de trouver un statut plus confortable, Brandeis s’est toujours détourné ; il a toujours trouvé un endroit où rester seul. »

Cette distance s’explique peut-être par le fait qu’il était juif dans un monde non juif. D’autres l’attribuent à une identification indirecte avec sa mère. Celle-ci confia à Louis, par lettre, la profonde douleur qu’elle ressentait suite au décès de sa propre mère, survenu alors qu’elle n’avait que douze ans. Il s’intéressait d’ailleurs sincèrement aux origines de sa mère.

Psychologiquement, son adhésion au sionisme répondait peut-être à un besoin profond de s’identifier à son peuple sans heurter ses racines religieuses. Il était juif, mais non pratiquant. Pour lui, le judaïsme était celui d’un peuple opprimé, et il savait qu’historiquement, il était lié à ce peuple. Il ne partageait cependant pas le courant du sionisme défendu par son oncle, juif orthodoxe, qui réagissait peut-être à l’héritage familial anti-talmudique. Le sionisme offrait à Brandeis un lieu d’appartenance, un refuge où il pouvait s’identifier à une cause juive sans avoir à pratiquer, ni même à feindre la tradition. Il lui permettait de trouver sa place, en accord avec les convictions de ses parents. Il conservait une position antinomienne tout en embrassant son identité juive. Psychologiquement, le sionisme apaisait pour Brandeis son détachement chronique et lui procurait un sentiment de bien-être. C’était le judaïsme sans le judaïsme religieux.

De plus, la passion de Brandeis pour le « droit à la vie privée » était peut-être alimentée par l’atmosphère particulière créée par l’obsession de ses ancêtres de dissimuler leurs liens avec les frankistes. Dans sa vive dissidence dans l’affaire Olmstead, on perçoit presque les cris de son passé qui résonnent à travers son opinion et on imagine son « expérience par procuration ».

« Les rédacteurs de notre Constitution se sont engagés à garantir des conditions favorables à la recherche du bonheur. Ils ont reconnu l’importance de la nature spirituelle de l’homme, de ses sentiments et de son intellect. Ils savaient que seule une partie de la douleur, du plaisir et de la satisfaction de la vie se trouve dans les biens matériels. Ils ont cherché à protéger les Américains dans leurs croyances, leurs pensées, leurs émotions et leurs sensations. Ils leur ont conféré, face au gouvernement, le droit à la tranquillité – le plus fondamental des droits et le plus précieux aux yeux des hommes civilisés. »

Ses opinions progressistes sur la liberté d’expression n’étaient qu’un corollaire du droit à la vie privée. En un sens, il disait : « Laissons-nous la liberté d’expression et le droit à la vie privée. Donnez-nous la liberté de dire ce que nous voulons et la liberté de garder nos propos privés. » Ces positions ont peut-être été influencées, au moins en partie, par ce « fantôme caché ».

Le juge à la retraite Brandeis avec sa femme le jour de son 83e anniversaire, en 1939.

Un dernier mot

Louis Dembitz Brandeis était un avocat au service du peuple. Il accordait une importance secondaire à l’argent, même s’il en possédait une grande fortune. Ayant atteint un certain niveau de réussite économique, il n’a jamais assimilé le matérialisme au succès, ni considéré ce dernier comme autre chose qu’un corollaire de son engagement pour l’intérêt public. Son objectif principal était d’influencer les politiques et les problématiques susceptibles d’améliorer la société. Il avait confiance en son intelligence et en sa capacité à trouver des solutions aux questions les plus complexes. Il a mis son expérience et ses compétences d’avocat au service de la magistrature. Une fois en fonction, il a déployé la même énergie que dans sa pratique du droit. Il avait tendance à être perfectionniste. Il était attentif aux détails et, en particulier, aux faits. Il a laissé un héritage considérable, source d’inspiration pour les praticiens et les magistrats. C’était un pragmatique intègre, doté d’une grande moralité. Cependant, comme tout être humain, il n’était pas sans défauts.

La personnalité de Brandeis reflétait une certaine distance, un détachement. Pourtant, il cherchait à compenser en interagissant avec les autres et en renouant avec les racines du judaïsme d’une manière compatible avec son éducation et ses convictions. Il embrassa le sionisme comme un remède à son manque d’attachement au judaïsme, sans doute dû à son éducation et à l’influence de ses parents. Peut-être inconsciemment, cherchait-il à se défaire de son héritage religieux, en s’appuyant sur une idée courante au sein du judaïsme. Il forgea une forme « américaine », ni religieuse, ni même prônant une « Palestine pour tous les Juifs ». Il s’agissait d’une forme reconnaissant qu’une personne pouvait être attachée à la Palestine sans même y être physiquement présente. C’était une forme qui affirmait que le judaïsme était pour tous les Juifs, laïcs et religieux, en Palestine ou à l’étranger. C’est ce lien unificateur, cet « attachement » qui avait si cruellement manqué à Brandeis durant la première moitié de sa vie, qu’il chercha à combler par la suite. Le sionisme a peut-être édulcoré son lien avec son passé sabbatéen / frankiste ; ou peut-être l’a-t-il rompu. Quoi qu’il en soit, il a offert un nouvel héritage à ses successeurs. Parallèlement, il a sans aucun doute procuré à Brandeis un sentiment de satisfaction et de plénitude.


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