Tout comme je l’ai fait pour “La Bataille des saints”, je viens tout juste de sortir une réédition de mon premier recueil de poésie, “Avant-propos d’un prince fou”, qui fut publié à l’origine en 1983 à 500 exemplaires. Cet ouvrage est composé d’une sélection de poèmes que j’avais rédigés entre l’âge de 18 et 20 ans. Plusieurs poètes m’ont inspiré durant cette période, dont les principaux sont Michel Metthé, Germain Beauchamp, Ronald Després et Meery Devergnas que j’eus la chance de rencontrer lors de ma première participation au Salon du livre de Montréal en 1983. Je publiai moi-même ce livre quelques mois seulement après ma rencontre avec les membres du Regroupement des auteurs-éditeurs autonomes (RAEA) qui organisaient des activités littéraires à l’occasion du Festival national du livre, du 23 au 30 avril 1983.
Comme je l’écrivais dans un précédent article : « Je me présentai donc un soir au café Le Toucan, sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, où je fis la rencontre de Jean-François Giroux, Paule Tourigny, Agathe Génois, Jean Lefebvre, ainsi que Jeanne Gagnon qui était la présidente de l’organisation à ce moment. Ce fut un tournant décisif dans ma vie. À partir de ce moment, j’entamais une carrière artistique qui n’allait plus m’abandonner. »
Le lancement de mon premier recueil de poésie, “Avant-propos d’un prince fou”, eut lieu le 1er octobre 1983 à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), tout près de la Chapelle Notre-Dame-de-Lourdes de Montréal, dans le Quartier latin. Il y a quelques années, j’avais réédité ce livre avec une couverture entièrement différente, mais qui n’avait aucune affinité réelle avec l’esprit de cet ouvrage (photo ci-haut). J’ai donc profité de la nouvelle édition actuelle pour rétablir la couverture originelle, comme je l’ai fait un peu plus tôt pour mon deuxième recueil de poésie, “La Bataille des saints”. C’est ainsi que j’ai conçu les couvertures de ces deux livres par le passé, et c’est comme cela que je veux qu’elles soient aujourd’hui. Voici la présentation de mon recueil de poésie, rédigée par le mélomane Bernard Tanguay il y a près de 45 ans :
Guy Boulianne, quoique jeune encore (20 ans), nous livre ici son premier recueil de poèmes. Poète autodidacte, il n’est d’aucune école sinon celle de la vie avec ses aléas quotidiens et ses instants fugaces de joie intérieure. Ses poèmes reflètent, dans un premier temps sa prise de possession du monde qui l’entoure. Puis, phénomène d’osmose, il recrée ce monde dans un symbolisme subtil, visionnaire. Symbolisme fait de correspondances où les sons et les couleurs se heurtent faisant naître une musique qui trahit la passion, la révolte, la douceur.
DOUCEUR
où s’échappe une sensibilité naïve et délicate
PASSION
où perce une sensibilité sensuelle et amoureuse
RÉVOLTE
où gronde une sensibilité profonde et cruelle.
BERNARD TANGUAY
Mon ami, le critique et poète Noureddine Mhakkak, écrivait dans le journal marocain Albayane, le 21 décembre 2006 : « On trouve que notre poète considère ce recueil, comme une courte préface de ce que va venir de paroles poétiques après lui, puisqu’il ne représente qu’un avant-propos. D’autre part on peut constater aussi que ce recueil contient tous les germes de ce qui va venir dans les autres recueils, puisque le poème est toujours marié à quelqu’un, selon l’expression de René Char. Pour les mots “prince” et “fou”, on peut dire que “prince” signifie ici, dans ce contexte, le jeune, le meilleur, l’exceptionnel, tandis que “fou” signifie : le déférant aux autres, celui qui possède le sixième sens, qui a de l’intuition fort, qui est libre des normes et des traditions plus que les autres humains normaux selon la pensée freudienne et même nietzschéenne. Ce titre là nous pousse tous avec une force magique de l’esprit à franchir les portes de ce recueil et d’entrer pour voir toutes ses chambres poétiques. »
Pour sa part, Marcel Nadeau écrivait dans la revue La Bascule en 1984 : « Mais il faut le souligner, cette poésie de Guy Boulianne ne concerne pas que la vertu, la sage impatience, le lyrisme classique. Ce « prince damné de maintes voluptés » pourra vous conduire sur les chemins escarpés, périlleux, de la dénonciation. Mais le tout se déroule dans le mouvement, le rythme, l’ensorcellement. Tout, ici, fait appel à l’aération, à la danse, à l’ivresse, à la joie de vivre, au rejet de l’orgueil et des perfidies. »
MAINTENANT DISPONIBLE !
ISBN : 978-1-926723-10-5
Format : 56 pages, 6 x 9 po., broché,
papier intérieur crème #60, encre intérieur noir et blanc,
couverture extérieure #100 en quatre couleurs

➽ « Avant-propos d’un prince fou » : la réédition d’un premier cri poétique qui n’a rien perdu de sa fureur
➦ Par Fabien Lacroix, chroniqueur littéraire
En 1983, un jeune homme de vingt ans, autodidacte complet, faisait paraître son tout premier recueil de poèmes. Quarante-trois ans plus tard, les Éditions Dédicaces nous offrent une réédition soignée de Avant-propos d’un prince fou, ouvrage qui conserve intacte sa force originelle. Le livre, sobre et élégant dans sa nouvelle robe noire et crème, s’ouvre sur une couverture où le titre explose en lettres usées, comme gravées dans le temps lui-même. Au verso, Bernard Tanguay, mélomane et fin observateur, signe une présentation lumineuse qui demeure, aujourd’hui encore, la meilleure clé pour entrer dans cet univers.
Guy Boulianne n’a fréquenté aucune école littéraire. Il n’a pas lu les maîtres pour les imiter ; il les a traversés comme on traverse un orage. Son recueil est donc moins un « premier livre » qu’un acte de possession du monde. Tanguay le dit avec justesse : « Poète autodidacte, il n’est d’aucune école sinon celle de la vie avec ses aléas quotidiens et ses instants fugaces de joie intérieure. » Le jeune homme s’empare du réel — montagnes, mer, mère, femme, fille à naître — puis le recrée dans un symbolisme subtil et visionnaire où « les sons et les couleurs se heurtent faisant naître une musique qui trahit la passion, la révolte, la douceur ». Trois mots-clés structurent cette musique : douceur, passion, révolte. Ils ne sont pas des thèmes juxtaposés ; ils s’entrelacent comme les fibres d’une même corde vocale.
La passion est charnelle, conjugale, déchirée. Dans « Tendre Mélodie », le rideau tombe sur une valse terminée ; la femme est « partie pour le royaume » — euphémisme pudique pour la mort ou l’absence définitive. Le poète reste seul, bouche cousue de fil, yeux fermés, condamné à fredonner encore et toujours la même mélodie. « Si tu savais comme je t’aime / Je crois mourir de toi / Mon âme se meurt de toi / Mais de corps je ne périrai / Car je te dois mille et mille choses. » La répétition, l’obsession, la valse qui continue malgré tout : Boulianne excelle à rendre l’amour comme une musique qui survit à celle qui l’inspire.
La révolte sourd, plus sourde mais plus cruelle, dans les poèmes du deuil maternel. Le cycle « Tu n’y étais pas » est sans doute le sommet du recueil. En quatre mouvements, le poète cherche sa mère dans le salon, dans la chambre, dans les bois où elle fut « reine ». Il passe de l’espoir (« Dans ce cas j’ai confiance, / Tu reviendras ») à la lucidité terrible (« Je sais bien qu’au fond / Tu es partie pour de bon ») jusqu’à la colère presque blasphématoire : « Ah ! et en un sens, / Peut-être as-tu bien fait ! » Rarement la douleur filiale aura été dite avec une telle économie et une telle violence contenue.
Le poème « Ma Mer’ » joue magistralement sur l’homophonie : la mère est mer, vague, tempête, richesse de joyaux et de rubis. Le fils est fragile « bateau de papier » protégé par celle qui lui a tout donné. Le poème se termine sur un regret qui est aussi une prière : « Continue de vivre / Pour que longtemps je puisse admirer ta beauté ».



Entre ces pôles émotionnels, la nature n’est jamais décor ; elle est correspondance baudelairienne.
« Sans Contredit » énumère les grandeurs du monde (« Les montagnes sont hautes et grandioses / L’eau est claire et limpide… ») pour conclure, avec une ironie tendre : « Mais ma mère, / Bien sûr, / Est la meilleure de toutes. » Le « prince fou » sait que la vraie royauté n’est pas dans les paysages grandioses mais dans le regard d’une mère.
Le style de Boulianne est celui d’un musicien qui ignore encore les règles du contrepoint et qui, précisément pour cela, invente sa propre harmonie. Les vers sont libres, parfois bancals, souvent illuminés d’images fulgurantes. Les majuscules, les tirets, les blancs typographiques créent une respiration haletante, comme un souffle qui cherche encore son rythme. On sent le jeune homme qui écrit avec le corps entier, sans filtre académique. C’est parfois naïf, parfois maladroit ; c’est toujours sincère. Et cette sincérité est sa plus grande force.
La réédition des Éditions Dédicaces a le mérite de ne pas « moderniser » le texte. On retrouve les mêmes fautes de frappe d’époque, les mêmes sauts de ligne, la même urgence. Le livre garde son parfum de 1983 : celui d’un Québec encore proche de la grande noirceur poétique, où un jeune homme pouvait publier sans subvention, sans réseau, simplement parce qu’il fallait que ces mots existent. Bernard Tanguay, dans sa présentation, avait vu juste : ce n’était pas un recueil de jeunesse à ranger dans un tiroir. C’était un avant-propos, au sens propre — un prologue à une œuvre qui, depuis, s’est déployée dans d’autres formes, mais dont la matrice est ici, brute et vibrante.
Lire Avant-propos d’un prince fou aujourd’hui, c’est faire un double voyage. D’abord dans le temps : retrouver l’intensité d’un jeune poète qui n’a pas encore appris à se méfier de ses émotions. Ensuite dans l’intime : reconnaître, derrière les images parfois grandiloquentes, une vérité universelle sur l’amour filial, l’amour conjugal, la peur de la perte et la nécessité de chanter quand même. Le « prince fou » n’est pas fou de rage ou de désespoir ; il est fou d’amour, fou de vie, fou de mots. Et c’est cette folie qui, quarante ans plus tard, continue de nous toucher.
La réédition n’est pas un exercice nostalgique. Elle est un acte de justice littéraire. Elle rappelle que la poésie québécoise des années 80 ne se réduit pas aux grands noms déjà canonisés. Elle donne la parole, une nouvelle fois, à un prince qui, à vingt ans, osait écrire comme on respire : avec tout son sang, tout son cri, toute sa tendresse. Que ceux qui cherchent une poésie policée, distanciée, conceptuelle passent leur chemin. Avant-propos d’un prince fou est un livre de chair et de larmes. Il n’a pas pris une ride. Il n’a fait que gagner en profondeur, comme un vin qu’on ouvre longtemps après la vendange et qui révèle soudain toute la richesse du terroir. ◾


Alors comment voit et décrit le poète d’aujourd’hui le visage de sa mère ? Comment voit cet homme de lettres et d’art, cet homme d’imaginaire et des mots le visage de cette femme qui représente la source même de la vie ?
Pour répondre à cette question poétique et anthropologique, on va étudier l’un de ces poètes modernes qui ont eu le courage de nous présenter ce visage sacré de leur mère à travers leur poésie. Je parle ici du poète canadien Guy Boulianne. Ce poète qui mérite d’être lu et relu, puisque sa la poésie est si riche et si profonde.
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).





