J’ai découvert par hasard dans un documentaire que mon ancien acolyte, Dimitri Massicotte, est devenu aveugle suite à une tentative de suicide

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Il m’arrive parfois de faire des recherches spontanées sur internet pour tenter de retrouver des éléments de mon passé, soit d’anciens collègues, des articles, des images, des vidéos ou des événements oubliés et lointains. Or, c’est par un pur hasard que j’ai découvert qu’un documentaire avait été réalisé concernant l’un de mes anciens acolytes, l’artiste Dimitri Massicotte, et que celui-ci est devenu aveugle suite à une tentative de suicide il y a vingt ans. Cela a provoqué en moi un certain choc, mais en même temps je n’étais pas surpris car je connais bien l’état d’esprit trouble de mon ancien ami. La photo ci-haut nous montre ensemble lors du lancement du fanzine d’intervention culturelle Le lys d’or que j’avais créé en 1993. Bien qu’éphémère, ce magazine est apparu par la synergie homogène entre des artistes et des auteurs dans le vent. Il réunissait des artisans de la jeune garde montréalaise. Le documentaire dont il est question s’intitule « Tiens ferme ». Il a été réalisé par Sébastien Patenaude en 2007.

Sébastien Patenaude est un cinéaste documentariste passionné du 7ième art. Il a complété un bac en cinéma à l’UQAM, où il a réalisé son premier documentaire, “Métro Stars”, qui fut présenté au projet Y, une sélection des meilleurs films étudiants. Il a ensuite fondé la maison de production Filmenbulle et il s’est lancé dans la réalisation du documentaire “Asteur”, un film sur les francophones de la Louisiane qui revient sur les traces des cinéastes Michel Brault et André Gladu vingt-cinq ans après leur série documentaire “Le son des français d’Amérique”. Ensuite, il a réalisé son premier long métrage documentaire, “Tiens ferme”, c’est-à-dire le film qui nous préoccupe actuellement.

Sébastien Patenaude a participé à plusieurs projets de documentaires et de fictions en tant que directeur photo et preneur de son. Il a aussi travaillé dans le milieu corporatif, réalisant plusieurs vidéos pour diverses entreprises et il a travaillé comme monteur en post-production publicitaire. Il occupe actuellement le poste de spécialiste en production audiovisuelle à la Téluq, où il a eu l’occasion de réaliser plusieurs vidéos de tous genres. Il travaille aussi comme réalisateur, caméraman et monteur pigiste. Il a eu l’occasion de travailler comme monteur pour diverses boîtes de production dont TVA, Romeo & Fils, Outan, Les Évadés, Blachfilms et Expérience 7.

« Dieu, sauve la Reine. Son régime fasciste
a fait de toi un imbécile, une bombe potentielle.
Dieu, sauve la Reine, elle n’est pas un être humain.
Il n’y a pas d’avenir dans les rêves de l’Angleterre. »

— Sex Pistols, God Save the Queen (1977) —

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➽ Dimitri Massicotte : entre lucidité et désespoir

Sorti en salle le 8 février 2008, le documentaire de Sébastien Patenaude nous présente un portrait de mon ancien acolyte, Dimitri Massicotte, devenu aveugle suite à une tentative de suicide et qui doit composer avec sa nouvelle réalité. Il s’agit d’un film sincère et sans compromis. On nous présente la réalité telle qu’elle est, sans détour, une réalité dérangeante, parfois choquante mais pourtant bien réelle. Le suicide est la première cause de décès chez les jeunes au Québec et ce film nous plonge dans l’univers d’un homme qui a été poussé au désespoir, une situation dans laquelle malheureusement plusieurs jeunes se trouvent. Devant les difficultés et les dures réalités de l’existence, certains en arrivent à un certain moment de leur vie à envisager le suicide comme issue.

Dimitri nous fait partager sa vision des choses, comment il perçoit le monde dans lequel on vit. La dégradation de l’environnement le préoccupe beaucoup et l’inaction des gens le met en colère. Nous découvrons sa rage devant l’inertie de plusieurs face aux grands enjeux de ce siècle. Nous apprenons petit à petit qui est Dimitri, d’où il vient, ce qui l’a poussé au désespoir et comment il a finalement acquis sa volonté de vivre. Près de vingt années sont passées depuis la sortie de ce film et je ne sais pas si Dimitri est toujours de ce monde. L’avenir me l’apprendra peut-être un de ces jours.

J’ai connu Dimitri Massicotte à l’époque des galeries d’art Lézart et Imagine dont je m’occupais en 1988-90. D’ailleurs on l’aperçoit dans le film aux côtés de sa tante, Viviane Cossette, devant l’un de ses tableaux intitulé “Déclin capitaliste”. Celui-ci avait exposé dans ma galerie du 6 au 31 mars 1990 avec d’autres artistes, dont Cécilia Buonocore, Jacinto Daponte, Bob Desautels, Raymonde Lacasse, Thérèse Dulude, frère Jérôme, Paul Monette, Michel Pedneault, Armand Vaillancourt et plusieurs autres.

J’ai assez bien côtoyé Dimitri Massicotte, bien que nous avions des tempérament différents l’un de l’autre. Nous partagions nos idées et nos conceptions de la vie devant une bonne bière ou en allant marcher sur le mont Royal. Dimitri était un homme qui souffrait intérieurement, dû à une enfance déchirée et sacrifiée. Il s’automutilait et s’autodétruisait de corps et d’esprit. Il brûlait allègrement la chandelle par les deux bouts en absorbant toutes sortes de substances : acide, LSD, cocaïne, mescaline, colle, solvant et autres. Il s’est bercé de musique punk, associée avec le slogan « no future » (en français : « pas de futur », « pas d’avenir ») qui est issu de la chanson “God Save the Queen” des Sex Pistols. Ce slogan s’apparentait au départ à une attaque contre la société britannique, mais a également généré une vision plus pessimiste et nihiliste de l’idéologie punk. Dimitri a été influencé par des groupes comme les Sex Pistols, et plus particulièrement Sid Vicious qu’il prenait sans aucun doute pour modèle. Il admirait aussi le chanteur de punk hardcore américain GG Allin, dont les performances scéniques étaient souvent marquées par des actes transgressifs, tels que l’automutilation, la défécation sur scène et les agressions envers le public, ce qui lui a valu d’être arrêté et emprisonné à plusieurs reprises.

On perçoit bien dans le documentaire de Sébastien Patenaude les tourments et les contradictions de Dimitri. Ils sont palpables. À quelque part, il dit : « Je veux mourir en enfer. Je veux aller en enfer. Je veux finir dans la géhenne, grincer des dents et me tordre les os en enfer. » Il ajoute : « Je pense de plus en plus que je vais mourir très bientôt. Et j’espère mourir bientôt. J’aurai fait ce que j’avais à faire sur terre. Après ce documentaire, je pourrais bien m’en aller. » D’un autre côté, il conclut le film avec ces paroles : « C’est bizarre à dire, mais aujourd’hui je n’ai plus le goût de passer par là, parce que j’y suis déjà passé. Je suis revenu. C’est vraiment un mauvais exemple à donner au monde. Tu es revenu, tu as survécu et tu laisses comme message un autre suicide. C’est vraiment un très mauvais message à donner aux gens. » Il termine en disant : « Le message que je crie au monde est “Tiens ferme”, “Tiens ferme”, “Tiens ferme”. La vie va s’arranger, la vie c’est pas grave. Le pire événement de ta vie peut t’ouvrir à voir l’éclat de la vie, à voir le bon côté de la vie. Le pire événement de ta vie peut t’ouvrir les meilleures années de ta vie. »

Tel que je l’ai connu, Dimitri Massicotte a toujours été un homme déchiré et tiraillé intérieurement. S’il est toujours parmi nous, je souhaite qu’il ait enfin trouvé l’apaisement de l’âme et de l’esprit.

« Quand il n’y a pas d’avenir, comment peut-il y avoir péché ?
Nous sommes les fleurs dans la poubelle.
Nous sommes le poison dans votre machine humaine.
Nous sommes l’avenir, votre avenir. »

— Sex Pistols, God Save the Queen (1977) —
album-art
« Quand il n'y a pas d'avenir, comment peut-il y avoir péché ? »
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➤ FICHE TECHNIQUE DU FILM :

Sébastien Patenaude

Titre : Tiens ferme
Durée : 1h16
Genre : Documentaire
Pays : Canada (Québec) 2007
Sortie au Québec : 8 février 2008

Scénarisation et Réalisation : Sébastien Patenaude
Images : Simon Lavoie, Jean-Nicolas Orhon et Sébastien Patenaude
Montage images : Jean-Nicolas Orhon, Sébastien Patenaude et Matthieu Roy-Décarie
Montage sonore : Matthieu Roy-Décarie
Prise de son : Christine Lebel (son additionnel), Jean-Nicolas Orhon et Sébastien Patenaude
Mixage : Matthieu Roy-Décarie

Producteur : Jean-Nicolas Orhon et Sébastien Patenaude
Producteur délégué : Pascal Bascaron et Sylvain Corbeil
Société de production : Filmenbulle (Québec)
Distributeur : 7e Art Distribution



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