
À force d’être omniprésente, la guerre finit par se dissoudre dans le bruit de fond de l’actualité. Elle devient une succession d’images, de chiffres approximatifs, de déclarations diplomatiques, rarement un objet de compréhension globale. Bilan des conflits armés dans le monde – Rébellions, Guerres et Génocides en 2025 se présente précisément comme un antidote à cette accoutumance. L’ouvrage refuse le traitement fragmentaire et émotionnel des conflits contemporains pour proposer une lecture structurée, documentée et méthodologiquement assumée de la violence armée mondiale en 2025.
Dès les premières pages, le livre annonce son ambition : redonner au lecteur une boussole. Il ne s’agit ni de choquer, ni de moraliser à outrance, mais de comprendre comment la guerre s’installe, se normalise, se transforme, et parfois bascule vers l’extermination. Ce positionnement est d’autant plus nécessaire que l’année 2025 ne marque pas une rupture, mais une consolidation : les conflits se prolongent, les cessez-le-feu restent précaires, et les mécanismes internationaux de prévention semblent dépassés.
Une méthode revendiquée : nommer sans simplifier
L’une des grandes forces de l’ouvrage réside dans son avertissement méthodologique. Contrairement à de nombreux essais géopolitiques, ce Bilan explicite ses sources, ses limites et ses choix lexicaux. La distinction entre morts directes et morts indirectes, par exemple, n’est pas un détail technique : elle révèle l’ampleur réelle des conflits modernes, où la famine, l’effondrement sanitaire et la destruction des infrastructures tuent souvent plus que les armes elles-mêmes.
Le livre assume également une position délicate mais nécessaire : employer les mots “guerre”, “crimes contre l’humanité” ou “génocide” avec rigueur, sans inflation ni frilosité. Cette prudence n’est pas une neutralité morale ; elle est une exigence intellectuelle. Comprendre n’est pas excuser, analyser n’est pas relativiser — une ligne de crête que l’ouvrage maintient avec constance.

Une cartographie mondiale de la violence
En parcourant les grands théâtres de guerre — Ukraine, Gaza, Soudan, République démocratique du Congo (Est), Myanmar, Sahel, Haïti — le lecteur comprend que les conflits contemporains ne sont pas des anomalies isolées. Pris ensemble, ils dessinent une cartographie cohérente de l’instabilité mondiale : États affaiblis ou autoritaires, milices hybrides, économies de prédation, instrumentalisation identitaire, et impuissance relative du droit international.
Le livre montre comment la guerre devient un mode de gouvernance. À Gaza, la destruction des conditions de vie interroge frontalement le droit humanitaire. Au Soudan, la guerre entre élites armées se transforme en violence systémique contre les civils, avec des signaux génocidaires alarmants au Darfour. En République démocratique du Congo (Est), la guerre persiste parce qu’elle est rentable, alimentée par l’économie des minerais et les ingérences régionales. Partout, le même constat s’impose : la guerre dure parce qu’elle sert des intérêts.
Quand la guerre s’invite dans les « zones de paix » : le Groenland
L’un des apports les plus originaux de l’ouvrage est d’élargir la notion de conflit au-delà des champs de bataille traditionnels. Le chapitre consacré au Groenland en est une illustration saisissante. Ici, il n’est pas question de combats armés, mais de rivalités stratégiques, de discours de puissance et de reconfiguration géopolitique de l’Arctique.
Le livre montre comment le Groenland, longtemps perçu comme un territoire périphérique, devient en 2025 un espace central de projection de puissance. Le réchauffement climatique ouvre des routes maritimes, révèle des ressources, et transforme l’Arctique en nouvel échiquier stratégique. Dans ce contexte, les déclarations de dirigeants américains sur une éventuelle acquisition du Groenland ne relèvent plus de la provocation anecdotique : elles signalent un retour assumé du langage de la prédation territoriale entre alliés.
Ce chapitre est particulièrement pertinent, car il montre que la guerre moderne commence souvent bien avant les armes. Elle débute par des discours, des rapports de force économiques, des remises en cause implicites de la souveraineté. Le Groenland devient ainsi un laboratoire des conflits de demain : froids, hybrides, mais potentiellement explosifs.

Le Canada : l’ombre du « 51e État »
Dans la même logique, le chapitre consacré au Canada surprend par sa lucidité. Loin de toute rhétorique alarmiste, l’ouvrage analyse la réapparition, en 2025, de discours américains évoquant le Canada comme un espace naturellement intégré à la puissance des États-Unis — jusqu’à la provocation symbolique du « 51e État ».
Ce passage est fondamental, car il démontre que même les démocraties stables ne sont pas à l’abri d’une reconfiguration brutale des rapports de force. Le Canada, historiquement protégé par son alliance stratégique avec Washington, se découvre vulnérable face à un partenaire redevenu unilatéral, transactionnel et imprévisible. La guerre n’est pas ici militaire, mais politique et psychologique : pression commerciale, menaces implicites, instrumentalisation de la dépendance économique.
En intégrant le Canada dans un Bilan des conflits armés, le livre élargit la définition même du conflit. Il rappelle que la paix ne se limite pas à l’absence de combats, mais repose sur la reconnaissance mutuelle de la souveraineté et du droit.
Le « Conseil de la paix » de Donald Trump : paix ou contournement du droit ?
Le chapitre consacré au « Conseil de la paix » de Donald Trump constitue sans doute l’un des passages les plus politiquement sensibles de l’ouvrage. Loin de la caricature, le livre analyse cette initiative comme un symptôme d’une crise plus profonde du multilatéralisme.
Présenté comme une alternative pragmatique aux institutions internationales jugées inefficaces, ce Conseil soulève une question centrale : peut-on produire la paix en dehors du droit universel ? En confiant la gestion des fonds, la sélection des membres et la durée de l’adhésion à une structure étroitement contrôlée par une puissance dominante, le projet ressemble moins à un instrument de paix qu’à un outil de gestion politique des conflits.
Le livre met en garde contre une illusion dangereuse : celle d’une paix rapide obtenue par la centralisation du pouvoir et la marginalisation des cadres juridiques existants. L’histoire montre que ces « paix imposées » sont souvent instables, excluantes et génératrices de nouveaux conflits.

Une réflexion essentielle sur le génocide
Au-delà des études de cas, l’ouvrage se distingue par un chapitre fondamental : Quand la guerre devient génocide. Cette analyse dépasse largement le cadre de 2025. Elle offre au lecteur des outils pour reconnaître les signaux d’alerte : déshumanisation, ciblage répétitif, destruction des conditions de vie, violences sexuelles systématiques.
L’intérêt majeur de cette approche est de rompre avec l’idée que le génocide serait un événement soudain, exceptionnel et immédiatement identifiable. Le livre montre au contraire qu’il s’agit d’un processus, souvent lent, rendu possible par l’indifférence, la peur ou le calcul politique. Cette grille de lecture éclaire non seulement le Darfour ou Gaza, mais aussi les conflits à venir.
Un ouvrage grand public, mais exigeant
Malgré la densité des sujets abordés, Bilan des conflits armés dans le monde reste remarquablement accessible. Le style est clair, sans jargon inutile, et chaque chapitre peut être lu indépendamment. Cette lisibilité est un choix politique : rendre la compréhension de la guerre accessible au citoyen, et non la réserver aux spécialistes.
Ce positionnement fait de l’ouvrage un outil précieux pour les enseignants, les journalistes, les étudiants, mais aussi pour tout lecteur souhaitant comprendre le monde dans lequel il vit. À une époque dominée par les opinions rapides et les récits partisans, ce livre offre du temps long et de la complexité.
Conclusion — Un livre nécessaire, inconfortable et salutaire
Bilan des conflits armés dans le monde – Rébellions, Guerres et Génocides en 2025 n’est pas un livre rassurant. Il ne promet ni solutions miracles ni réconciliation rapide. Il propose mieux : une lecture lucide d’un monde où la guerre est redevenue un instrument ordinaire des relations internationales.
En intégrant des territoires comme le Groenland et le Canada, en analysant des initiatives controversées comme le « Conseil de la paix » de Donald Trump, l’ouvrage démontre que la frontière entre guerre et paix est plus fragile que jamais. Il rappelle surtout une vérité essentielle : lorsque la guerre devient normale, ce n’est pas seulement la paix qui recule, mais notre capacité collective à reconnaître l’humanité de l’autre. À ce titre, ce livre n’est pas seulement un bilan. C’est un avertissement — et une invitation à la vigilance citoyenne. ◾


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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).



