L’encyclique Magnifica Humanitas. Le pape Léon XIV insiste sur l’éducation : « Investissons dans l’éducation, qui commence par nous-mêmes ! »

Chacun d’entre nous le sait, le pape Léon XIV a récemment présenté sa toute première encyclique, Magnifica Humanitas, consacrée à la « protection de la personne humaine à l’ère de l’intelligence artificielle ». Celle-ci fait à peu près l’unanimité mondiale, tant chez les Catholiques, les non Catholiques, les non croyants que dans le public en général. Malgré cela, certaines personnes voient cela comme une sorte de « trompe-l’œil », percevant Léon XIV comme un antipape au service du « Nouvel Ordre Mondial ». En premier lieu, rappelons qu’un antipape est une personne qui prétend être évêque de Rome et chef de l’Église catholique, en opposition au pape officiellement élu, ce qui n’est de toute évidence pas le cas ici.

Les gens qui me lisent depuis longtemps savent très bien que j’ai souvent été critique envers certains aspects de l’Église, et plus précisément à l’encontre du pape François à l’époque de la Covid. Mais en ce qui concerne le pape Léon XIV et son encyclique “Magnifica Humanitas”, mon opinion n’est pas précisément la même. Je vous invite pour cela à consulter les sections Coronavirus et Spiritualité.

Aujourd’hui, un de mes lecteurs a publié un commentaire sur mon site internet. Il écrit :

« Lorsque j’ai eu connaissance de ce texte, je m’en suis réjouis. Car à peu près tout ce qu’il dit est exact. Mais la fin est tout autre. Surtout quand il évoque les réseaux sociaux et les mineurs. En gros, il est en train de nous inciter à interdire les réseaux au « mineurs », ce qui signifie vérifier la majorité de chaque intervenant. Autrement dit, c’est une façon d’imposer l’identité numérique obligatoire… et la surveillance des activités de chaque personne.

« Hélas, fallait-il s’attendre à autre chose ? Je l’ai cru. Mais je me rend compte qu’il s’agit une nouvelle fois d’une manipulation des esprits, en s’appuyant sur un problème pour imposer une solution. Et en créant une « guerre » artificielle entre une papauté et un MAGA. Alors qu’en fait, les deux travaillent à la même finalité. »

Comme je l’ai écrit dans la réponse que vous pourrez lire ci-dessous, je ne crois pas du tout qu’il y ait une guerre artificielle entre une papauté et un MAGA. Au contraire, je crois que le pape Léon XIV « est le contrepoids spirituel à un Donald Trump obnubilé par son désir de pouvoir personnel ». C’est ce qu’écrit aussi la journaliste de Fox News, Hanna Panreck, pour qui les médias présentent le pape comme un potentiel « contrepoids » à Trump. Ben Munster et Hannah Roberts rapportent dans le Politico Europe : « Lorsque les 133 cardinaux électeurs se sont réunis dans la chapelle Sixtine pour élire le dirigeant des 1,4 milliard de catholiques du monde, ils ont choisi non seulement un Américain, mais aussi quelqu’un qui pourrait, de manière plausible, servir de contrepoids au président américain impulsif. »

Selon la journaliste Maya Yang, un an après l’investiture du pape Léon XIV, les Américains le considèrent comme un « vent de fraîcheur », tandis que les affrontements avec Trump persistent. Kelly Raghavan, une interprète médicale de 64 ans, a salué la volonté du pape de prendre la parole, déclarant : « Bravo au pape Léon XIV pour sa franchise face au tyran sectaire qui est en train de ruiner ce pays. » Joyce, une ancienne chef d’entreprise de 73 ans, retraitée et se décrivant comme une « catholique de naissance », qui partage son temps entre le New Jersey et l’Italie, se souvient du moment au Vatican où le pape Léon a été élu. « Le sentiment général que j’ai perçu est qu’il fait entrer l’Église dans le XXIe siècle. Même les républicains à qui j’ai parlé sont assez surpris qu’un président américain s’en prenne au chef de l’Église et au premier pape américain depuis environ 1600 ans », a-t-elle déclaré.

Une enseignante de 57 ans travaillant dans une école du Texas, a exprimé le même sentiment. « J’ai le sentiment que le pape Léon XIV accomplit pleinement sa mission. Il œuvre pour Dieu et montre l’exemple. En tant que chrétiens, il est impératif de suivre les enseignements de Jésus et de traiter chacun avec égalité, dignité et respect… Si nous suivions tous son exemple plutôt que celui du gouvernement américain, le monde serait un endroit bien meilleur et plus sûr pour tous », a déclaré cette enseignante.

Je partage donc ci-dessous la réponse que j’ai fait au commentaire que l’un de mes lecteurs a publié sous l’un de mes derniers articles, car je considère que cette réponse est d’intérêt général. ◾


« Il serait bien d’admettre que 90 % de la population consent actuellement à sa propre soumission. Si on arrêtait d’accorder de l’importance à ceux qui cherchent à nous soumettre, si on se débarrassait de nos téléphones mobiles et qu’on quittait les réseaux sociaux, tout ce système de la Bête s’écroulerait instantanément. » Guy Boulianne


➽ Ma réponse au commentaire de l’un de mes lecteurs

Je suis en désaccord avec vous. Nulle part le pape Léon XIV ne parle « d’imposer l’identité numérique obligatoire », comme vous l’écrivez. Il est vrai qu’il écrit au chapitre 142 : « Il convient de prendre des mesures législatives qui fixent des limites d’âge, responsabilisent les fournisseurs de services – sans faire peser la charge de ces restrictions sur les familles », ajoutant qu’il faut prévoir « des protections spécifiques contre toute forme d’exploitation et de violence sexuelle en ligne, afin de protéger véritablement l’enfance et l’adolescence en tant que biens précieux confiés à nos soins ». Mais il faut avoir l’honnêteté intellectuelle d’admettre que l’humanité,— en particulier les jeunes et les enfants —, fait face à des défis majeurs.

Le pape écrit au chapitre 141 de son encyclique :

« Ces dernières années, la littérature psychologique et psychiatrique a mis en évidence avec une insistance croissante comment une exposition précoce et non encadrée aux appareils numériques et aux réseaux sociaux peut avoir des répercussions négatives sur le sommeil, l’attention, la régulation émotionnelle et la vie relationnelle, en particulier chez les plus jeunes, avec des conséquences parfois dramatiques. À cela s’ajoute la facilité d’accès à des scènes violentes ou cruelles, qui blessent la sensibilité, à des contenus pornographiques et hypersexualisés, à des messages qui banalisent le corps et l’affectivité, ainsi qu’à des propositions qui normalisent des comportements à risque. Sur Internet, les phénomènes de détournement de mineurs, de chantage et d’exploitation sexuelle ne sont pas rares ; ils sont rendus plus insidieux par l’utilisation de faux profils, d’algorithmes qui amplifient les contacts dangereux et d’outils d’IA capables de manipuler des images et des vidéos. »

Tout au long de son encyclique, le pape Léon XIV insiste sur l’éducation. Il écrit :

« À une époque où la vérité est souvent soumise aux intérêts et aux stratégies de communication, le monde de l’éducation revêt une importance cruciale. Mais les transformations technologiques rapides mettent en évidence notre manque de préparation sur le plan éducatif. L’omniprésence des médias numériques engendre une culture de l’immédiateté et de l’hyperstimulation, qui alimente la fatigue, l’ennui et l’apathie face à l’effort nécessaire pour rechercher la vérité. »

« Les processus éducatifs ont besoin de temps de croissance, d’une confrontation avec la réalité au-delà des apparences et d’un cheminement patient. La question est fondamentale, car toute technologie éduque ceux qui l’utilisent. Éduquer à l’utilisation de l’IA implique donc d’éduquer à décider quand et pourquoi ne pas l’utiliser. La rapidité et la facilité avec lesquelles on obtient une réponse ou une synthèse risquent d’éteindre le désir de poser des questions, qui ne porte ses fruits qu’avec le temps. »

« Nous devons nous éduquer à jeûner de l’IA et protéger nos jeunes de la promesse de la machine parfaite, de cette séduction subtile qui fait paraître inutile la pensée humaine précisément au moment où elle est la plus nécessaire. »

Le pape Léon XIV conclut son encyclique avec ces mots :

« Investissons dans l’éducation, qui commence par nous-mêmes ! Nous avons tous besoin de nous former à vivre le numérique de manière humaine, comme partie intégrante de l’éducation à la foi et à bien vivre de l’Évangile. Nous devons nous former à considérer le monde numérique comme un nouveau continent à évangéliser, qui a besoin de missionnaires généreux et mûrs dans la foi. Plus particulièrement, il faut des adultes qui redécouvrent leur vocation d’artisans de l’éducation, disponibles pour un travail quotidien et patient, soutenu par des alliances éducatives larges et partagées. Accompagner les enfants et les jeunes à utiliser les technologies comme un espace de relation responsable, en les aidant à en reconnaître les risques et à choisir ce qui fait grandir la liberté intérieure, est aujourd’hui une forme concrète de charité et de sauvegarde de leur dignité. Éduquer les nouvelles générations à croire que l’évolution des technologies ne suit pas un parcours inévitable, mais peut être orientée par la responsabilité personnelle et collective, constitue l’un des services les plus précieux au bien commun. »

Le pape (tout comme les plus grands spécialistes en intelligence artificielle) sait très bien les dangers que court l’humanité. Chacun essaie donc de trouver des solutions aux problèmes qui surgissent actuellement avec l’IA, et le pape sait très bien que c’est une quasi fatalité prophétisée dans les Écritures. Il ne cherche donc pas à faire peur. Loin de faire la promotion du système diabolique de la Bête, il écrit dans son introduction :

« La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité court le danger de perdre son visage, nous, chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu qui s’est fait chair, sachant que « le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné ». (Gaudium et spes) Cette magnifique humanité devient en Jésus-Christ le Chemin, la Vérité et la Vie, ouvrant à chacun de nous la voie vers la plénitude. »

Cela étant dit, je ne crois pas du tout, comme vous l’écrivez, qu’il y ait « une guerre artificielle entre une papauté et un MAGA alors qu’en fait, les deux travaillent à la même finalité ». Au contraire, je crois que le pape Léon XIV fait le contrepoids spirituel à un Donald Trump obnubilé par son désir de pouvoir personnel. Cette conception de « fausse chicane » à la sauce Alexis Cossette-Trudel est ridicule.

Au lieu de critiquer le pape, ou tout autre intervenant qui cherche présentement des solutions aux problèmes nouveaux, il serait bien d’admettre que 90 % de la population consent actuellement à sa propre soumission. Si on arrêtait d’accorder de l’importance à ceux qui cherchent à nous soumettre, si on se débarrassait de nos téléphones mobiles et qu’on quittait les réseaux sociaux, tout ce système de la Bête s’écroulerait instantanément. C’est pourquoi le pape nous dit qu’il nous faut choisir entre « ériger une nouvelle tour de Babel [Babylone] ou bâtir la cité où Dieu [nouvelle Jérusalem] ».

Pour ma part, je prévois un jour quitter les réseaux sociaux. De toute façon, il sont quasiment inutiles pour moi. Par exemple, je suis sur Twitter/X depuis 2011. J’ai plus de 30 000 abonnés, mais mes publications ne sont pratiquement pas vues, avec très peu d’interactions, de commentaires et de partages. Autre détail : je n’ai même pas de téléphone portable connecté. On ne peut donc pas me suivre par cette voie. C’est là que se situe assurément la véritable solution : refuser catégoriquement de se soumettre à ce système d’oppression. Mais je crois que les gens en sont loin et en seront incapables.

Comme il est écrit : « Hypocrite, ôte premièrement de ton œil la poutre, et alors tu verras pour ôter le brin de paille de l’œil de ton frère. » (Matthieu 7:5)


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