Destiné à un cours de philosophie universitaire, Alice ou la Dernière Fugue est un film réalisé par Claude Chabrol, influencé par Alfred Hitchcock

Alice ou la Dernière Fugue est un film fantastique français de 1977 écrit et réalisé par Claude Chabrol. Le film s’inspire très librement du roman Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (1865), notamment du nom de l’héroïne, Alice Carroll (combinaison du nom du personnage d’Alice et du pseudonyme de l’auteur). « Ce sujet, initialement destiné à un cours de philosophie universitaire, est magnifiquement mis en images par le Français Chabrol, influencé par Hitchcock. » [TV Guide, 31 octobre 2011]

Alice vient de s’apercevoir qu’elle ne pouvait plus supporter son mari. Elle fait sa valise et, sans trop savoir où aller, monte dans sa voiture. Elle se retrouve, la nuit tombée, sous la pluie, sur une petite route déserte lorsque, soudain, le pare-brise éclate… Devant elle, une propriété, au bout de l’allée, une grande et vieille demeure où un domestique stylé, Colas, l’accueille et l’introduit auprès du maître de maison, Monsieur Vergennes qui, après un bon dîner, lui offre l’hospitalité pour la nuit, lui promettant même de faire réparer son pare-brise. Dans la nuit, Alice est réveillée par un fracas épouvantable. Elle se précipite à la fenêtre et, si elle sent de mystérieuses présences dans le parc, ne voit rien… Au matin, elle découvre qu’elle est seule dans la maison mais sa voiture a effectivement été réparée.

Elle quitte donc la propriété mais ne retrouve pas la grille d’entrée et s’aperçoit qu’elle tourne en rond. Alice prend sa valise et se lance à pied pour trouver une issue.

D’étranges personnages vont alors se trouver sur son chemin. Devant un mur d’enceinte sans aucune ouverture, elle rencontre un jeune homme souriant qui refuse de répondre à ses questions, puis un enfant et des oiseaux en cage et un homme plus âgé qui la met en garde : on se moque d’elle, elle n’est qu’un jouet. Le lendemain, la maison est toujours vide mais le café est sur la grande table de la cuisine. Elle prend à nouveau sa voiture et, délivrance, la grille d’entrée est bien là et la route devant elle. Mais quel est donc ce mystérieux pompiste dans cette station-service ? Quel est ce restaurant occupé par un banquet d’enterrement dont les participants cherchent à entraîner Alice dans une bacchanale effrénée ? Et cette nuit qui tombe beaucoup trop vite…Alice reprend la route. La pluie commence à tomber… Ce chemin a un air de déjà-vu. ◾

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➽ Critique du film “Alice ou la Dernière Fugue”

Par Laure Husson (DevilDead) — Récupéré le 31 octobre 2011

En 1976, Claude Chabrol explore le genre fantastique en réalisant Alice ou la Dernière Fugue, un conte macabre s’inspirant librement de la célèbre fable de Lewis Caroll. Pour ce cinéaste, figure emblématique de la nouvelle vague, déjà très implanté, à l’époque, dans le paysage du 7ème art grâce à des incontournables tels que Les Godelureaux (1961), Landru (1963), Les Biches (1968),Que la bête meure (1969), Le Boucher (1970) ou encore Les Innocents aux mains sales (1975), cette incursion dans le monde de l’étrange lui permet de signer une oeuvre singulière particulièrement séduisante, à mi-chemin entre la vie et la mort. C’est dans cet interstice qu’Alice Caroll (en hommage à son créateur), incarnée par Sylvia Kristel, encore sous l’effet du succès Emmanuelle (1974), se retrouve à traverser un univers parallèle, en basculant de « l’autre côté du miroir ».

Un soir, notre héroïne quitte son mari (Bernard Rousselet) et s’engage vers une destination inconnue au volant de sa voiture, sous une pluie nocturne torrentielle. L’accident se produit, inexorablement. Alice est en vie, mais dans quel espace-temps se trouve-t-elle à présent ? Recueillie chaleureusement par un curieux vieillard, Vergennes (Charles Vanel) et son fidèle serviteur, Colas (Jean Carmet), dans une ancienne demeure isolée, scrutant les alentours, Alice tente désespérément de quitter les lieux le lendemain de son arrivée. Hélas, chaque itinéraire la reconduisant à son point de départ, la jeune femme se résigne à relever un défi sans nom, dénué de sens et de logique, en tentant de percer la clé du mystère.

Le film en lui-même, revêt des allures d’enquête non policière, se déroulant au sein d’une sorte de labyrinthe souvent qualifié de «borgésien», peuplé de miroirs, d’étrangetés, de personnages déconcertants. Chabrol, en parfait maître du suspense, réussit à nous tenir en haleine, en créant un univers fantastico-hitchcockien : la fuite d’Alice, au volant de sa voiture, ressemble d’ailleurs curieusement à celle de Marion Crane (Janet Leigh) dans Psuchose (1960), l’égarement nocturne accompagné des voix off, suffisant à renforcer le côté sombre et inquiétant du film. Toutefois, le ton général d’Alice ou la Dernière Fugue s’efforce de rester sobre, stoïque même, bien que nous soyons plongés dans un monde parfaitement décontenancé. Chabrol, oscillant entre expressionnisme et réalisme, dépeint une dimension parallèle à l’intérieur de laquelle subsiste une dualité évidente entre bien et mal présente dans les décors, les personnages, la narration, les éclairages. On comprend mieux alors pour quelles raisons le long métrage est dédié à Fritz Lang (Métropolis, M Le Maudit…) : en jouant sur des effets visuels particuliers tels des contrastes de luminosité parfois violents, ou encore des liquéfactions de l’image, Chabrol instaure une atmosphère glauque, pesante et irréelle issue de l’expressionnisme allemand.

En revanche, même si le genre fantastique, se révélant totalement inédit dans la carrière du réalisateur, est parfaitement maîtrisé, il apparaît que le film reste très «chabrolien», c’est-à-dire proche de ses personnages, qui, en ce qui les concerne, évoluent dans un microcosme où leurs différents profils psychologiques donnent naissance à des rapports de force. Chabrol, qui connaît parfaitement la nature humaine, dissèque les moindres faits et gestes de notre héroïne, et l’entraîne inéluctablement vers l’abîme. Car cette dimension, à l’intérieur de laquelle les apparences sont semblables à celles que nous connaissons, se trouve être en complète contradiction avec les codes propres à chaque être humain, dictés par la société et les institutions. En admettant cela, Chabrol met le personnage d’Alice face à une réalité dont finalement elle est loin de se douter, remettant en question des acquis qui lui sont chers, plus précisément par rapport à sa capacité de raisonner et d’interpréter le monde et les choses qui l’entourent. Au fil de l’histoire, alors qu’elle s’enfonce dans une sphère de plus en plus absurde, la confrontant à des situations dépourvues de sens, Alice voit se refermer, petit à petit, le piège dont elle ne pourra plus s’échapper. La scène du banquet, célébrant un enterrement, annonce alors déjà le triste verdict, finissant en un bal joyeusement funeste, à l’issue duquel un vieillard (Fernand Ledoux) s’étouffe à l’agonie. C’est à travers ce langage décadent que l’univers d’Alice rompt définitivement avec toute idée de réalité ou de raisonnement logique.

A l’heure actuelle, même si le film tend à passer inaperçu dans la carrière du cinéaste, Alice ou la Dernière Fugue demeure une œuvre unique en son genre, inclassable parmi les autres trésors chabroliens aussi passionnants les uns que les autres. En adaptant le conte de Lewis Caroll «à la française», Chabrol a su relever le défi du genre fantastique en conservant ses convictions cinématographiques. ◾


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