La voix du peuple iranien qui brise les idoles a résonné à travers le monde. Des images et des vidéos de l’incendie de l’« idole de Baal » ont été largement partagées sur les réseaux sociaux non iraniens. Selon l’agence de presse Fars International Group, de nombreux activistes du web ont salué l’incendie de la statue de Baal lors de l’anniversaire de la victoire de la révolution islamique iranienne de 1979, y voyant un message des monothéistes iraniens aux sionistes et à leurs partisans. Certains internautes étrangers ont interprété cet incendie comme un symbole de l’opposition iranienne et de son hostilité envers le sionisme et les cultes sataniques, et l’ont jugé digne d’éloges. Ils ont considéré la statue comme l’idole de personnalités politiques et de figures importantes telles qu’Epstein, qui soutiennent les sionistes malgré leurs actes inhumains envers le peuple palestinien.
L’objectif affiché de cette action était d’exprimer l’opposition à l’affaire Jeffrey Epstein et de manifester l’antisionisme et l’hostilité envers les États-Unis. Cependant, la perception de ce mouvement par le public et les médias a été diverse, voire contradictoire, et diffère sensiblement des objectifs initiaux. L’incendie de la statue de Baal a suscité le plus d’attention car il mêle symboles religieux anciens et messages politiques modernes. En gravant l’étoile de David sur la statue, les manifestants ont de fait associé Israël à l’idole, la transformant en symbole satanique.









Lors d’un rassemblement organisé par l’État iranien pour commémorer l’anniversaire de la révolution islamique de 1979, des manifestants ont brûlé une effigie portant l’inscription « Baal », représentée avec des cornes et ornée de l’étoile de David. Des slogans tels que « Mort à Israël » et « Mort à l’Amérique » ont résonné dans la foule tandis que des images de la silhouette en flammes circulaient largement sur les réseaux sociaux. Cette manifestation s’est déroulée dans un contexte de tensions accrues entre l’Iran, Israël et les États-Unis, suite au récent conflit régional et à la résurgence des frictions politiques. Les sites et chaînes fondamentalistes qui ont couvert l’événement de l’incendie de la statue affirment que cet acte est une protestation symbolique contre Jeffrey Epstein, le financier tristement célèbre accusé en 2019 d’avoir dirigé un réseau de trafic sexuel et dont les documents ont été publiés par le ministère américain de la Justice, révélant ses liens étroits avec des personnalités politiques et des figures importantes du monde entier.
Les médias d’État iraniens ont décrit les rassemblements comme une démonstration d’unité nationale contre les « puissances impériales », tandis que des images diffusées par des organes affiliés au Corps des gardiens de la révolution islamique montraient des effigies symbolisant les États-Unis et Israël incendiées. À Téhéran, des cercueils symboliques portant les noms de hauts responsables militaires américains ont été exposés, aux côtés de missiles et de débris de drones qui auraient été abattus lors de précédents affrontements. Le président Massoud Pezeshkian s’est adressé à la foule, appelant à l’unité face à ce qu’il a qualifié de complots étrangers.
L’incinération de l’effigie de Baal s’est distinguée par son utilisation d’imagerie religieuse ancienne mêlée à un message politique moderne. En y inscrivant l’étoile de David, les manifestants ont semblé assimiler Israël à la corruption, au mal et à la symbolique satanique, une démarche qui, selon les critiques, risque d’attiser les tensions religieuses.

Que signifie Baal ou Baʿal ?
Baal ou Baʿal était un titre honorifique signifiant « propriétaire » ou « seigneur » dans les langues sémitiques du Nord-Ouest parlées au Levant durant l’Antiquité. De son usage parmi les hommes, il fut ensuite appliqué aux dieux. Les chercheurs avaient auparavant associé ce théonyme aux cultes solaires et à diverses divinités tutélaires sans lien apparent, mais des inscriptions ont montré que le nom Baal était particulièrement associé à Hadad, dieu de l’orage et de la fertilité, et à ses manifestations locales. Le dieu ougaritique Baal (𐎁𐎓𐎍) est le protagoniste de l’une des plus longues épopées conservées du Proche-Orient ancien, le Cycle de Baal.
La Bible hébraïque emploie ce terme pour désigner diverses divinités du Levant, souvent en référence à Hadad, décrié comme un faux dieu. Dans la Bible hébraïque, Baal apparaît fréquemment comme une divinité étrangère ou rivale, des prophètes tels qu’Élie s’opposant à son culte, tandis que dans les premiers contextes israélites, ce titre pouvait parfois désigner Yahvé. Cette représentation comme un faux dieu a été reprise dans le christianisme et l’islam. Parmi les aspects ignobles imputés au culte de Baal, on trouve des prostitués, hommes et femmes, qui servaient sexuellement sur les hauts lieux et certains passages bibliques rapportent parmi les rituels pour obtenir les faveurs de la divinité des sacrifices d’enfants. Nous lisons dans le livre de Jérémie (19:5) : « Ils ont bâti des hauts lieux à Baal, Pour brûler leurs enfants au feu en holocaustes à Baal ». Les découvertes archéologiques semblent corroborer les accusations selon lesquelles les Carthaginois offraient leurs enfants en sacrifice. [Xella et al. (2013)]
Dans la Bible hébraïque, Baal est présenté comme un rival de Yahvé et un symbole d’idolâtrie. Au fil du temps, dans les traditions juives et chrétiennes, Baal et des figures apparentées telles que Baal-Zebub (devenu plus tard Béelzébuth) furent associées à une imagerie démoniaque. Cette évolution contribua à la perception plus large de Baal comme une divinité maléfique dans les récits religieux ultérieurs.
Le lien entre Baal et Jeffrey Epstein
Ces dernières années, le nom de Baal a été relié au financier déchu, et prédateur sexuel, Jeffrey Epstein. Comme je l’ai mentionné dans un précédent article, un document issu des “dossiers Epstein” qui a circulé sur Internet confirmerait que Jeffrey Epstein possédait un compte bancaire nommé « Baal » (document No. EFTA01589335). Certains internautes ont interprété cela comme une preuve de symbolisme occulte ou de culte sectaire. Des publications affirmaient qu’Epstein avait nommé un compte bancaire d’après Baal, alimentant ainsi les récits liant le crime organisé à l’imagerie satanique.
Ces affirmations ont été contestées par de soi-disant vérificateurs de faits. Par exemple, Swastika Sruti écrit sur le site web Oneindia : « D’après les analystes, la confusion provient d’une numérisation de mauvaise qualité d’un ancien fax bancaire. Le logiciel de reconnaissance optique de caractères (OCR) a mal interprété “Nom de la banque” et l’a traduit par “Nom de Baal”. Le document original faisait référence à Wachovia Bank, NA, et non à un compte inspiré par un démon. Le compte lui-même appartenait à une entité commerciale appelée One Clearlake Centre, LLC, et il n’existe aucune preuve vérifiée qu’Epstein ait nommé un compte d’après une figure mythologique ou qu’il ait utilisé ses finances à des fins occultes. » S’agit-il vraiment d’une mauvaise numérisation de la part de Jeffrey Epstein ? car le document dont il est question ici est très bien dactylographié. De plus, le code « Baal » est mentionné à de multiples reprises dans des transactions financières liées au dossier Epstein. En voici quelques exemples : EFTA01453134, EFTA01376254, EFTA01432474, EFTA01176572, EFTA01430490, EFTA01422345, EFTA01427346.
Epstein, accusé d’avoir dirigé un réseau de trafic sexuel de mineures, est décédé en détention fédérale en 2019. Ses crimes et les personnalités qui lui sont associées ont alimenté de nombreuses spéculations en ligne. Pour certains, l’association des scandales d’abus sexuels au sein de l’élite avec un symbolisme occulte revêt une forte résonance émotionnelle, même en l’absence de preuves concrètes. Diplômé de Sciences Po Paris, l’analyste Nicolas Stoquer écrit sur le site internet de Géopolitique Profonde : « Selon toute vraisemblance, ce réseau ne se limitait pas à la domination matérielle. L’existence d’un compte bancaire au nom de « Baal » interroge les observateurs. Dans l’Antiquité, cette divinité était associée à des rites sacrificiels d’enfants. Il semblerait que le versant surnaturel et satanique soit une composante essentielle de la caste qui protégeait Epstein. Cette logique diabolique rappelle les zones d’ombre du Pizzagate, où les soupçons de tortures rituelles avaient déjà fuité. »
Symbolisme et messages politiques
L’utilisation de l’imagerie de Baal lors du rassemblement iranien illustre la manière dont les symboles mythologiques anciens continuent d’être réinterprétés dans les conflits politiques modernes. Dans ce cas précis, l’effigie semblait conçue pour fusionner la démonologie religieuse et la rivalité géopolitique contemporaine. Si les partisans peuvent considérer ces manifestations comme des expressions de résistance contre des adversaires perçus, les critiques affirment que mêler symbolisme religieux et colère politique risque d’aggraver les divisions sectaires.
Cet épisode souligne à quel point l’histoire, la foi et la politique restent étroitement liées dans la région, et comment des figures anciennes comme Baal peuvent refaire surface de manière inattendue et controversée dans le discours actuel. ◾
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).



