Le Premier ministre du Canada, Mark Carney, a prononcé aujourd’hui un discours vigoureux au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, sur le « nouvel ordre mondial » et sur la façon dont les puissances moyennes comme le Canada peuvent tirer profit d’une collaboration. Le Premier ministre a affirmé que le Canada « soutient fermement » le Groenland, déclarant aux participants du Forum économique mondial que le Canada « s’oppose fermement aux tarifs douaniers imposés au Groenland ». Ce discours a été prononcé dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes entre grandes puissances comme la Russie, la Chine et les États-Unis, et alors que le président américain Donald Trump menace ses alliés de droits de douane de 10 % et fait pression pour acquérir le Groenland, territoire autonome danois dont Trump a insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’il avait « besoin » pour des raisons de sécurité nationale.
Bien que Carney ait clairement exprimé son point de vue en évoquant la coercition économique et les droits de douane comme moyen de pression tout au long de son discours, il n’a pas nommément cité les États-Unis ni le président américain. Dans son discours, Carney a également tracé une nouvelle voie pour l’avenir du Canada, une voie dans laquelle l’ancien ordre mondial ne reviendra pas. « Soyons clairs : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition », a déclaré Carney à Davos. « Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à utiliser l’intégration économique comme une arme », a-t-il ajouté. « Les droits de douane comme moyen de pression. L’infrastructure financière comme outil de coercition. Les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités à exploiter. » Ce discours d’ouverture de 17 minutes était le premier prononcé par Carney au Forum économique mondial depuis son accession au poste de Premier ministre. Il a présenté la situation actuelle comme une rupture avec l’ancien ordre mondial et une épreuve pour les puissances moyennes comme le Canada.
Son discours, prononcé devant une salle comble de politiciens, de journalistes et de chefs d’entreprise, a souligné une évolution dans la manière dont les États devraient relever les défis économiques et politiques auxquels ils sont confrontés au XXIe siècle. « Dans un monde de rivalité entre grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : se faire concurrence pour obtenir les faveurs des autres, ou s’unir pour créer une troisième voie influente », a déclaré Carney. Il a exhorté les puissances moyennes à collaborer pour maintenir ou instaurer un nouvel ordre mondial fondé sur des valeurs partagées. La diversification, a-t-il affirmé, est le fondement d’une politique intègre qui renforce les pays et les protège contre la coercition. La présence de Carney à Davos conclut un voyage international de 10 jours, au cours duquel le Premier ministre s’est rendu en Chine pour une réunion à enjeux élevés avec le président chinois Xi Jinping, ainsi que pour une escale de plusieurs jours au Qatar et une rencontre avec l’émir, Son Altesse Cheikh Tamim bin Hamad Al Thani. ◾
« Il faut rendre à César ce qui appartient à César. » — Marc (12:17) et Luc (20:25)
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Il semble que chaque jour nous rappelle que nous vivons à l’ère de la rivalité entre grandes puissances, que l’ordre fondé sur des règles s’estompe, que les forts peuvent faire ce qu’ils peuvent et que les faibles doivent subir ce qu’ils doivent. Cet aphorisme de Thucydide est présenté comme inévitable, comme la logique naturelle des relations internationales qui se réaffirme. Face à cette logique, les pays ont une forte tendance à se conformer, à faire des compromis, à éviter les conflits, en espérant que cette conformité leur garantira la sécurité. Eh bien, non. Alors, quelles sont nos options ?
En 1978, le dissident tchèque Václav Havel, futur président, a écrit un essai intitulé “Le pouvoir des sans-pouvoir”, dans lequel il posait une question simple : comment le système communiste a-t-il pu se maintenir ? Et sa réponse commençait par un marchand de fruits et légumes.
Chaque matin, le commerçant affiche une pancarte dans sa vitrine : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Il n’y croit pas. Personne n’y croit. Mais il l’affiche quand même pour éviter les ennuis, pour afficher sa docilité, pour se faire accepter. Et comme chaque commerçant, dans chaque rue, fait de même, le système perdure – non seulement par la violence, mais aussi par la participation de gens ordinaires à des rituels qu’ils savent pertinemment mensongers.
Havel appelait cela vivre dans le mensonge. Le pouvoir du système ne réside pas dans sa vérité, mais dans la volonté de chacun de jouer le jeu comme s’il était vrai. Et sa fragilité provient de la même source. Dès qu’une seule personne cesse de jouer le jeu, dès que le marchand de légumes retire son enseigne, l’illusion commence à se fissurer.
Mes amis, il est temps que les entreprises et les pays retirent leurs panneaux.
Pendant des décennies, des pays comme le Canada ont prospéré grâce à ce que nous appelions l’ordre international fondé sur des règles. Nous avons adhéré à ses institutions, nous avons salué ses principes et nous avons bénéficié de sa prévisibilité. C’est pourquoi nous avons pu mener des politiques étrangères axées sur des valeurs, sous sa protection. Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse, que les plus forts s’exemptaient lorsque cela les arrangeait, que les règles commerciales étaient appliquées de manière asymétrique et que le droit international s’appliquait avec une rigueur variable, selon l’identité de l’accusé ou de la victime.
Cette fiction s’est avérée utile, et l’hégémonie américaine en particulier a contribué à fournir des biens publics, des voies maritimes ouvertes, un système financier stable, la sécurité collective et un soutien aux cadres de résolution des conflits. Nous avons donc placé l’affiche à la fenêtre. Nous avons participé aux rituels et nous avons largement évité de pointer du doigt les écarts entre la rhétorique et la réalité. Cette offre n’est plus valable.
Soyons clairs. Nous sommes en pleine rupture, pas en pleine transition.
Ces vingt dernières années, une série de crises financières, sanitaires, énergétiques et géopolitiques ont mis en lumière les risques d’une intégration mondiale extrême. Plus récemment, les grandes puissances ont commencé à instrumentaliser l’intégration économique, à utiliser les droits de douane comme moyen de pression, à exploiter les infrastructures financières comme outil de coercition et à instrumentaliser les chaînes d’approvisionnement comme des vulnérabilités. On ne peut vivre dans le mensonge du bénéfice mutuel par l’intégration lorsque celle-ci devient la source de sa subordination.
Les institutions multilatérales sur lesquelles s’appuyaient les puissances moyennes — l’OMC, l’ONU, la COP, l’architecture même de la résolution collective des problèmes — sont menacées. De ce fait, de nombreux pays en arrivent à la même conclusion : ils doivent développer une plus grande autonomie stratégique dans les domaines de l’énergie, de l’alimentation, des minéraux critiques, de la finance et des chaînes d’approvisionnement. Et cette impulsion est compréhensible.
Un pays incapable de se nourrir, de s’approvisionner en carburant ou de se défendre n’a que peu d’options. Quand les règles ne vous protègent plus, il faut se protéger soi-même. Mais soyons lucides quant aux conséquences de cette situation. Un monde de forteresses sera plus pauvre, plus fragile et moins durable. Et il y a une autre vérité : si les grandes puissances abandonnent même la prétention de règles et de valeurs pour la poursuite sans entrave de leur pouvoir et de leurs intérêts, les gains tirés du transactionnalisme deviendront plus difficiles à reproduire.
Les puissances hégémoniques ne peuvent pas monétiser indéfiniment leurs relations. Les alliés diversifieront leurs stratégies pour se prémunir contre l’incertitude. Ils souscriront des assurances, multiplieront les options afin de reconstruire leur souveraineté, une souveraineté autrefois fondée sur des règles, mais qui reposera de plus en plus sur leur capacité à résister aux pressions.
Ce groupe sait qu’il s’agit là d’une gestion des risques classique. La gestion des risques a un coût, mais ce coût d’autonomie stratégique, de souveraineté, peut aussi être partagé. Investir collectivement dans la résilience est moins onéreux que de laisser chacun construire sa propre forteresse. Des normes partagées réduisent la fragmentation. Les complémentarités sont un atout.
Pour les puissances moyennes comme le Canada, la question n’est pas de savoir s’il faut s’adapter à la nouvelle réalité — nous le devons. La question est de savoir si nous devons nous adapter en construisant simplement des murs plus hauts, ou si nous pouvons faire quelque chose de plus ambitieux.
Le Canada a été parmi les premiers à prendre conscience de la situation, ce qui nous a amenés à revoir fondamentalement notre posture stratégique. Les Canadiens savent que nos anciennes certitudes rassurantes, selon lesquelles notre situation géographique et nos alliances nous garantissaient automatiquement prospérité et sécurité, ne sont plus valables. Notre nouvelle approche repose sur ce qu’Alexander Stubb, le président de la Finlande, a appelé le réalisme fondé sur les valeurs. En d’autres termes, nous aspirons à être à la fois attachés à nos principes et pragmatiques. Attachés à nos principes, nous nous engageons à respecter les valeurs fondamentales, la souveraineté, l’intégrité territoriale, l’interdiction du recours à la force sauf dans les conditions prévues par la Charte des Nations Unies et le respect des droits de l’homme.
Et pragmatiques, car nous reconnaissons que les progrès sont souvent progressifs, que les intérêts divergent et que tous les partenaires ne partagent pas forcément toutes nos valeurs.
Nous nous engageons donc de manière globale et stratégique, en toute lucidité. Nous affrontons le monde tel qu’il est, sans attendre un monde idéal. Nous ajustons nos relations afin que leur profondeur reflète nos valeurs, et nous privilégions un large engagement pour maximiser notre influence, compte tenu de la fluidité du monde actuel, des risques que cela représente et des enjeux pour l’avenir. Et nous ne nous appuyons plus seulement sur la force de nos valeurs, mais aussi sur la valeur de notre force.
Nous renforçons notre économie nationale. Depuis l’entrée en fonction de mon gouvernement, nous avons réduit les impôts sur le revenu, les gains en capital et les investissements des entreprises. Nous avons levé tous les obstacles fédéraux au commerce interprovincial. Nous accélérons des investissements de 1 000 milliards de dollars dans l’énergie, l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, les nouveaux corridors commerciaux et plus encore. Nous doublons nos dépenses de défense d’ici la fin de la décennie, et ce, de manière à développer nos industries nationales. Enfin, nous diversifions rapidement nos activités à l’étranger.
Nous avons conclu un partenariat stratégique global avec l’UE, incluant notre adhésion à SAFE, le dispositif européen d’acquisition d’équipements de défense. Nous avons également signé douze autres accords commerciaux et de sécurité sur quatre continents en six mois. Ces derniers jours, nous avons conclu de nouveaux partenariats stratégiques avec la Chine et le Qatar. Nous négocions des accords de libre-échange avec l’Inde, l’ASEAN, la Thaïlande, les Philippines et le Mercosur.
Nous faisons autre chose : pour contribuer à la résolution des problèmes mondiaux, nous privilégions une approche de géométrie variable. Autrement dit, nous formons différentes coalitions pour différents enjeux, en nous appuyant sur des valeurs et des intérêts communs. Ainsi, concernant l’Ukraine, nous sommes un membre clé de la Coalition des volontaires et l’un des plus importants contributeurs par habitant à sa défense et à sa sécurité.
Sur la question de la souveraineté arctique, nous soutenons fermement le Groenland et le Danemark et appuyons pleinement leur droit unique à déterminer l’avenir du Groenland.
Notre engagement envers l’article 5 de l’OTAN est inébranlable, c’est pourquoi nous travaillons avec nos alliés de l’OTAN, y compris les huit pays nordiques et baltes, pour sécuriser davantage les flancs nord et ouest de l’alliance, notamment grâce aux investissements sans précédent du Canada dans les radars transhorizon, les sous-marins, les aéronefs et les troupes au sol – des troupes sur la glace.
Le Canada s’oppose fermement aux tarifs douaniers imposés sur le Groenland et demande des négociations ciblées pour atteindre nos objectifs communs de sécurité et de prospérité dans l’Arctique.
En matière de commerce plurilatéral, nous soutenons les efforts visant à établir un pont entre le Partenariat transpacifique et l’Union européenne, ce qui créerait un nouveau bloc commercial de 1,5 milliard de personnes pour les minéraux critiques.
Nous créons des groupements d’acheteurs, ancrés dans le G7, afin de diversifier l’offre mondiale et de réduire sa concentration. En matière d’IA, nous coopérons avec des démocraties partageant les mêmes valeurs pour éviter d’être contraints de choisir entre puissances hégémoniques et géants du numérique.
Il ne s’agit pas d’un multilatéralisme naïf, ni d’une dépendance aux institutions. Il s’agit de bâtir des coalitions qui travaillent sur chaque dossier avec des partenaires partageant suffisamment de points communs pour agir de concert. Dans certains cas, cela concernera la grande majorité des nations. Ce faisant, nous créons un réseau dense de liens commerciaux, d’investissement et culturels sur lequel nous pourrons nous appuyer pour relever les défis et saisir les opportunités à venir.
Selon nous, les puissances moyennes doivent agir ensemble car si nous ne sommes pas à la table des négociations, nous serons au menu. Mais j’ajouterais que les grandes puissances peuvent, pour l’instant, se permettre de négocier seules. Elles disposent de la taille du marché, des capacités militaires et du pouvoir d’influence nécessaires pour imposer leurs conditions. Ce n’est pas le cas des puissances moyennes. Or, lorsque nous ne négocions que bilatéralement avec une puissance hégémonique, nous sommes en position de faiblesse. Nous acceptons ce qui nous est proposé. Nous nous livrons à une concurrence acharnée pour être le plus conciliant possible. Il ne s’agit pas de souveraineté. Il s’agit de l’exercice de la souveraineté tout en acceptant la subordination.
Dans un monde marqué par la rivalité entre grandes puissances, les pays intermédiaires ont le choix : se disputer les faveurs des uns et des autres, ou s’unir pour créer une troisième voie influente. Ne laissons pas la montée en puissance de la force brute nous faire oublier que la légitimité, l’intégrité et le respect des règles demeureront des atouts précieux si nous choisissons de les exercer ensemble.
Ce qui me ramène à Havel. Que signifie pour les puissances moyennes vivre la vérité ?
Premièrement, il faut nommer la réalité. Cessons d’invoquer un ordre international fondé sur des règles comme s’il fonctionnait encore comme on le prétend. Appelons-le par son nom : un système d’exacerbation des rivalités entre grandes puissances où les plus puissantes défendent leurs intérêts en utilisant l’intégration économique comme moyen de coercition.
Cela signifie agir avec cohérence, appliquer les mêmes critères aux alliés comme aux rivaux. Lorsque les puissances moyennes dénoncent les intimidations économiques venant d’un côté mais restent silencieuses lorsqu’elles viennent d’un autre, nous maintenons le signal d’alarme.
Cela signifie construire ce en quoi nous prétendons croire, plutôt que d’attendre le rétablissement de l’ancien ordre. Cela signifie créer des institutions et des accords qui fonctionnent comme prévu, et cela signifie réduire les leviers qui permettent la coercition. C’est cela, bâtir une économie nationale forte. Cela devrait être la priorité immédiate de tout gouvernement.
Et la diversification internationale n’est pas seulement une question de prudence économique ; c’est un fondement matériel pour une politique étrangère honnête, car les pays gagnent le droit de défendre des positions de principe en réduisant leur vulnérabilité aux représailles.
Alors, le Canada. Le Canada possède ce que le monde désire. Nous sommes une superpuissance énergétique. Nous détenons de vastes réserves de minéraux essentiels. Notre population est la plus instruite au monde. Nos caisses de retraite figurent parmi les investisseurs les plus importants et les plus avisés au monde. Autrement dit, nous avons un vivier de talents exceptionnel. Nous avons également un gouvernement doté d’une immense capacité financière lui permettant d’agir avec détermination. Et nous incarnons les valeurs auxquelles aspirent de nombreux autres pays.
Le Canada est une société pluraliste et dynamique. Notre espace public est animé, diversifié et libre. Les Canadiens demeurent engagés envers le développement durable. Nous sommes un partenaire stable et fiable dans un monde qui ne l’est pas toujours, un partenaire qui bâtit et valorise des relations à long terme. Et nous avons autre chose : la conscience de la situation et la détermination d’agir en conséquence. Nous comprenons que cette rupture exige plus qu’une simple adaptation. Elle exige une honnêteté face à la réalité du monde tel qu’il est.
Nous retirons une pancarte de la fenêtre.
Nous savons que l’ancien ordre ne reviendra pas. Inutile de le regretter. La nostalgie n’est pas une stratégie, mais nous croyons que de cette fracture naîtra un monde plus grand, meilleur, plus fort et plus juste. C’est la mission des puissances moyennes, ces pays qui ont le plus à perdre d’un monde replié sur lui-même et le plus à gagner d’une véritable coopération.
Les puissants ont leur pouvoir. Mais nous avons aussi quelque chose : la capacité de cesser de faire semblant, de nommer les réalités, de renforcer notre tissu social et d’agir ensemble.
Voilà la voie du Canada. Nous la choisissons ouvertement et avec confiance, et c’est une voie grande ouverte à tout pays désireux de l’emprunter avec nous.
Merci beaucoup.

Discours d’Emmanuel Macron au Forum économique mondial
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).





Les menaces de Donald Trump n’auront aucun effet sur nous. Nous ne céderons jamais au chantage, ni à l’intimidation.
SOURCE : https://truthsocial.com/@realDonaldTrump/posts/115941901312153410.
SOURCE : Truth Social
Monsieur le Premier ministre Carney,
Veuillez considérer la présente comme une notification vous informant que le Conseil de la paix retire son invitation à ce que le Canada rejoigne ce qui sera sans aucun doute le Conseil des dirigeants le plus prestigieux jamais réuni.
Je vous remercie de l’attention que vous porterez à cette question.
DONALD J. TRUMP
PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE
Qui aurait pu prévoir que Mark Carney, figure emblématique de l’establishment libéral s’il en est, deviendrait le porte-étendard de la fin de l’ordre international dominé par les États-Unis ? Et depuis la tribune de Davos, qui plus est ?
Mais plus on y pense, plus cela paraît logique.
Carney est, au fond, un banquier central. À ce titre, il comprend mieux que quiconque le pouvoir des mots et des croyances : en fin de compte, un ordre mondial – comme la confiance dans une monnaie ou un système financier – repose fondamentalement sur le maintien de la croyance. Les systèmes de pouvoir existent parce que leurs participants agissent comme s’ils existaient. C’est aussi simple que cela : la perception est la réalité.
Dès lors que les participants reconnaissent la fiction, comme Carney vient de le faire (il a d’ailleurs commencé son discours en annonçant qu’il « mettrait fin à la douce fiction » de l’ordre établi sous l’égide des États-Unis), le système lui-même s’effondre. Il s’agit là, soit dit en passant, d’un concept formel en théorie des jeux : le passage d’une connaissance privée à une connaissance commune est ce qui déclenche les réactions en chaîne.
Carney, compte tenu de son expérience, aurait dû savoir que c’était là son arme la plus redoutable face à l’Amérique de Trump : « Trump possède la puissance économique et militaire. Mais je possède ce sur quoi repose son pouvoir : je peux briser la croyance collective qui le soutient. »
Il l’exprime même explicitement : tout son discours tourne autour de la célèbre analogie du commerçant de Vaclav Havel et du fait que le pouvoir de l’Union soviétique reposait sur « la volonté de chacun d’agir comme si c’était vrai », sur le fait de « vivre dans le mensonge ».
Comme le dit Carney, « lorsqu’une seule personne cesse de jouer son rôle, l’illusion commence à se fissurer » et tout le « pouvoir du système » commence à s’effondrer.
Aujourd’hui, cette «personne», c’était lui.
Il ne faut pas s’y tromper : le discours de Carney à Davos pourrait bien être l’un des plus importants prononcés par un dirigeant mondial ces 30 dernières années. C’est un événement véritablement historique.
Plus que tout, cela signifie que, dans la mesure où elle a même existé, l’Occident a irrémédiablement perdu la Seconde Guerre froide : une Guerre froide suppose deux systèmes concurrents. Carney vient d’annoncer que l’un d’eux n’existe plus.
C’est le sujet de mon dernier article : une analyse approfondie du discours de Carney et de ses implications considérables pour la suite des événements.
Bonne lecture !
https://arnaudbertrand.substack.com/p/carney-just-announced-that-the-west.
Au moment où Donald Trump menace d’annexer le Groenland, Mark Carney a livré un discours marquant au Forum économique de Davos.
Selon le premier ministre canadien, les puissances moyennes doivent accepter que l’ordre mondial ait changé et s’unir face à l’hégémonie des grandes puissances.
L’analyse de l’ex-diplomate Raymond Chrétien.
Dans la foulée des menaces du président des États-Unis, Donald Trump, le premier ministre du Canada, Mark Carney, appelle les « puissances moyennes » à s’unir pour faire face aux forces « hégémoniques ».
Est-ce que c’est plus facile à dire qu’à faire?
La réponse de Jean-François Lisée, Michelle Courchesne, Dimitri Soudas et Françoise Boivin à l’émission Mordus de politique, animée par Sébastien Bovet.
Dans un discours, qui a toutes les allures d’une feuille de route, Mark Carney a invité les dirigeants, réunis à Davos, à se rendre à l’évidence : l’ordre mondial tel qu’on l’a connu n’existe plus.
« Soyons clairs : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition », a déclaré le premier ministre canadien.
On en discute avec Antonine Yaccarini, Maïka Sondarjee et Alain Rayes.
« Soyons clairs : nous sommes en pleine rupture, et non en pleine transition», a martelé Mark Carney dans un discours présenté au forum économique mondial de Davos en Suisse.
Sans jamais mentionner les États-Unis, le premier ministre y a toutefois fait référence à maintes reprises, notamment en invitant les États à ne pas se laisser intimider.
Louise Blais, Rafael Jacob et Alex Castonguay analysent la situation géopolitique.
Voici le panel politique du 20 janvier 2026 à l’émission En direct avec Patrice Roy.
Trita Parsi : OUAH!!!
On n’aurait jamais cru entendre une telle franchise de la part d’un dirigeant occidental, et certainement pas du Canada, compte tenu de la direction prise par le pays ces 25 dernières années. Le virage du Canada vers le multialignement est on ne peut plus clair, et cette franchise de Carney concernant les « fictions » occidentales sur l’ancien ordre sera accueillie avec enthousiasme dans une grande partie des pays du Sud.
Nous savions que le récit de l’ordre international fondé sur des règles était en partie faux… Nous savions que le droit international s’appliquait avec une rigueur variable selon l’identité de l’accusé et de la victime. Cette fiction nous était utile [grâce aux avantages que nous offrait l’hégémonie américaine]… Alors nous avons affiché le panneau. Nous avons participé aux rituels. Et nous avons largement évité de dénoncer le décalage entre les paroles et les actes. Ce marché ne tient plus. Soyons clairs : nous sommes en pleine rupture, non en pleine transition… On ne peut vivre dans le mensonge d’un bénéfice mutuel par l’intégration lorsque celle-ci devient source de subordination.