Le nouveau rapport du Groupe Eurasie affirme qu’aucun pays n’est plus à risque que le Canada dans ses relations avec les États-Unis [Top Risks]

Le Canada risque de subir les plus fortes répercussions des troubles politiques aux États-Unis en 2026, prévient un nouveau rapport du Groupe Eurasie publié vendredi. La société de gestion des risques affirme que la relation de longue date entre les deux pays « appartient au passé » et que l’incertitude commerciale persistante aura un impact sur l’économie canadienne. « Les efforts systématiques déployés par (le président américain Donald) Trump pour démanteler les contre-pouvoirs et instrumentaliser l’appareil d’État contre ses ennemis politiques vont inévitablement remodeler non seulement les relations canado-américaines, mais aussi l’économie canadienne et l’engagement des Canadiens avec le reste du monde », indique le rapport. « Le défi pour Ottawa — et plus largement pour les entreprises canadiennes — sera de mener de front la défense et l’attaque : gérer des États-Unis imprévisibles et peu fiables tout en se forgeant de nouveaux rôles dans un monde G-Zéro de plus en plus instable. »

Le rapport prévient que les efforts du Canada pour diversifier ses échanges commerciaux et ses relations internationales se heurteront à de « puissants obstacles » cette année, et qu’il devra gérer ses relations avec les États-Unis tout en en établissant de nouvelles avec d’autres pays. Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont détériorées en 2024 suite au retour du président Donald Trump à la Maison Blanche et à ses menaces de faire du Canada un État américain. Depuis, Trump a imposé de multiples droits de douane au Canada, notamment des taxes dévastatrices sur les secteurs de l’acier, de l’aluminium, de l’automobile et du bois.

Citant la récente opération militaire américaine au Venezuela visant à capturer le président Nicolas Maduro, le rapport indique que la volonté de Trump de dominer l’hémisphère occidental « maintiendra le Canada sur la défensive ». Il précise que le gouvernement de Carney devra défendre la souveraineté canadienne tout en reconnaissant la forte dépendance du Canada envers les États-Unis.

Selon le rapport d’Eurasia Group, le Canada était « à l’aise » avec ses liens étroits avec les États-Unis depuis des décennies, mais la relation a changé et les actions de Washington pourraient faire des entreprises et des investisseurs canadiens des « dommages collatéraux ». Le rapport indique que les actions de Trump aux États-Unis pourraient mener à une révolution politique intérieure, ce qui remettrait en question les relations commerciales et de défense avec le Canada. Le rapport met en garde contre un accord commercial « ACEUM zombie » entre les États-Unis, le Mexique et le Canada, qui fait l’objet d’un réexamen cette année. Il prévoit que cet accord ne sera ni renégocié, ni prolongé, ni résilié, et qu’il restera un accord « zombie, ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant ».

Carney a fait campagne sur la promesse d’un nouvel accord commercial avec les États-Unis, mais a depuis déclaré qu’il n’en signerait aucun à moins qu’il ne soit avantageux pour les Canadiens.

Washington a suspendu les négociations commerciales avec le Canada après que le gouvernement du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a diffusé aux États-Unis une publicité anti-tarif tarifaire citant l’ancien président Ronald Reagan critiquant les tarifs douaniers. « La bonne nouvelle, c’est que les exemptions tarifaires pour les marchandises conformes à l’ACEUM maintiendront le libre-échange en vie, laissant au Canada (et au Mexique) des taux tarifaires américains effectifs moyens inférieurs à ceux de la plupart des autres pays », indique le rapport. « La mauvaise nouvelle, c’est que Trump utilisera des droits de douane sectoriels sur des biens tels que les automobiles, l’acier et l’aluminium — des secteurs qu’il est déterminé à relocaliser aux États-Unis — comme moyen de pression dans des négociations interminables, où Washington cherchera à diviser pour mieux régner sur Ottawa et Mexico. »

Alors que le Canada cherche à diversifier ses relations commerciales, Eurasia Group met en garde contre les divisions qui traversent les pays européens et les bouleversements du contexte politique. Selon l’organisation, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne « risquent au mieux la paralysie et au pire la déstabilisation ». Le document met également en garde contre des « attaques hybrides » russes contre les forces canadiennes, visant à punir le Canada pour son soutien indéfectible à l’Ukraine. « Si le réarmement de l’Europe offrira au Canada et aux entreprises canadiennes des occasions d’approfondir leurs liens stratégiques et commerciaux avec le continent, les pressions exercées sur les États membres de l’OTAN pour qu’ils répondent aux provocations de (Vladimir) Poutine risquent d’entraîner le Canada dans une crise OTAN-Russie cette année », indique le rapport.

Le rapport indique également que l’économie chinoise affaiblie produit des biens bon marché qui, s’ils étaient accessibles au Canada, pourraient ruiner le secteur automobile et risquer d’aggraver les tensions avec les États-Unis. Carney rencontrera le président Xi Jinping à Pékin la semaine prochaine, à l’occasion du premier voyage officiel d’un premier ministre canadien en Chine depuis plus de huit ans.


➽ Les risques les plus importants pour le canada :

Aannée charnière, 2026 est une période de grande incertitude géopolitique. Non pas parce qu’un conflit est imminent entre les deux plus grandes puissances, les États-Unis et la Chine – ce n’est même pas un risque majeur, c’est un leurre cette année. Il n’y a pas (du moins pas encore) de seconde Guerre froide, avec une Chine montante remodelant le système mondial à son image, les Américains et leurs alliés résistant. Les tensions entre les États-Unis et la Russie ne menacent pas non plus de dégénérer malgré la guerre qui fait rage en Europe, conséquence des griefs de longue date de Vladimir Poutine contre l’ordre mondial dominé par les États-Unis. Les États-Unis eux-mêmes sont en train de démanteler leur propre ordre mondial. Le pays le plus puissant du monde est en proie à une révolution politique.

  • Le principal risque n° 1 (la révolution politique américaine) est le facteur déterminant des risques politiques et économiques pour le Canada en 2026. Les efforts systématiques de Trump pour démanteler les contre-pouvoirs et instrumentaliser l’appareil d’État contre ses adversaires politiques remodèleront inévitablement non seulement les relations canado-américaines, mais aussi l’économie canadienne et l’engagement des Canadiens avec le reste du monde.
  • La révolution politique de Trump remet en question les fondements de la politique étrangère, commerciale et de défense du Canada. Pendant des décennies, Ottawa s’est accommodée d’une intégration toujours plus poussée avec les États-Unis. Les Canadiens naviguaient aisément dans le système politique américain, cultivant des alliances de la Maison-Blanche au Congrès, jusqu’aux gouvernorats des États. Et cette confiance en la plus grande et la plus dynamique économie mondiale, la première puissance militaire et le dirigeant démocratiquement élu s’est avérée payante. Ce calcul n’est plus valable.
  • La relation canado-américaine sera exceptionnellement personnalisée et instable, exposant les entreprises à d’éventuelles représailles. Washington est désormais à la merci d’un seul homme, imprévisible, et d’une administration déterminée à mettre en œuvre une vision radicalement nouvelle de la gouvernance américaine. Les répercussions seront imprévisibles ; le moindre affront perçu de la part d’Ottawa risque d’entraîner des mesures punitives. Les entreprises et les investisseurs canadiens pourraient devenir des victimes collatérales de cette révolution politique américaine.
  • Pour conserver leur accès au marché américain, les entreprises et les représentants canadiens devront composer avec le principal risque n° 9 (l’ACEUM zombie). L’Accord États-Unis-Mexique-Canada (ACEUM ou CUSMA) ne sera ni renégocié, ni prolongé, ni abrogé en 2026 ; il subsistera tant bien que mal, tel un « zombie », ni tout à fait mort, ni tout à fait vivant. La bonne nouvelle est que les exemptions tarifaires pour les marchandises conformes à l’ACEUM maintiendront le libre-échange en vie, ce qui permettra au Canada (et au Mexique) de bénéficier de taux tarifaires américains effectifs moyens inférieurs à ceux de la plupart des pays du monde. La mauvaise nouvelle est que Trump utilisera des droits de douane sectoriels sur des produits comme les automobiles, l’acier et l’aluminium – des secteurs qu’il souhaite relocaliser aux États-Unis – comme moyen de pression dans des négociations interminables, où Washington cherchera à diviser pour mieux régner Ottawa et Mexico.
  • Pour ne rien arranger, Trump n’apprécie guère l’approche rigoureuse et minutieuse du Canada en matière de négociations commerciales. Carney aura du mal à obtenir les concessions sur l’accès au marché ou les achats d’armement que Trump pourrait brandir comme une victoire. Si les promesses de Carney concernant de nouveaux projets d’infrastructure et l’achat de produits canadiens peuvent renforcer la résilience économique à long terme, elles n’atténueront pas les difficultés tarifaires immédiates que rencontrent les constructeurs automobiles ontariens, les producteurs d’aluminium québécois ou les exploitants forestiers de Colombie-Britannique. Les entreprises ayant bâti des chaînes de production et des stratégies d’exportation à l’échelle du continent devront faire face à une nouvelle année d’incertitude commerciale, et le reste de l’économie canadienne en subira les conséquences.
  • Le principal risque n° 6 (le capitalisme d’État à l’américaine) aggravera les risques économiques pour le Canada. Le système mis en place par Trump, qui consiste à soutirer des paiements, des participations au capital et des investissements en échange d’allégements tarifaires aux gouvernements et aux entreprises, continuera de dégrader le climat des affaires aux États-Unis, tout en incitant les entreprises canadiennes à adopter ce modèle de concurrence déloyale. Il en résultera une structure d’incitation perverse où les entreprises intègres seront désavantagées dans ce qui demeure la plus grande et la plus innovante économie et le premier marché de consommation au monde.
  • Le principal risque n° 3 (la doctrine Donroe) implique un changement fondamental de l’environnement géopolitique canadien. L’affirmation par Trump de la primauté américaine dans l’hémisphère occidental maintiendra le Canada sur la défensive, obligeant Carney à trouver un équilibre entre la défense de la souveraineté canadienne et la réalité de la dépendance stratégique envers les États-Unis. Dans ce contexte, la reconstruction des Forces armées canadiennes – axée sur les capacités et les infrastructures arctiques – sera une priorité absolue. Ottawa s’efforcera de renforcer les capacités nationales, de nouer des partenariats avec les alliés européens de l’OTAN et de démontrer aux États-Unis qu’il est capable de défendre sa propre zone d’influence. Les Canadiens devraient également suivre de près l’intervention américaine au Venezuela : avec la destitution de Maduro, le pétrole brut lourd vénézuélien pourrait, à long terme, commencer à supplanter les exportations de pétrole brut canadien vers les États-Unis.

Les autres risques :

  • Les efforts du Canada pour diversifier ses partenariats commerciaux et de défense et réduire sa dépendance aux États-Unis seront confrontés au quatrième risque majeur (une Europe assiégée). Les gouvernements du Royaume-Uni, de la France et de l’Allemagne sont fragiles, divisés et préoccupés par leur survie à court terme face à la résurgence du radicalisme politique, tant à gauche qu’à droite, et à une administration américaine fondamentalement hostile. Bien que Carney ait privilégié les liens avec les alliés de l’OTAN autres que les États-Unis, les trois principaux partenaires européens d’Ottawa auront fort à faire en 2026. Tous trois risquent, au mieux, la paralysie et, au pire, la déstabilisation ; et au moins un gouvernement pourrait tomber avant la fin de l’année.
  • Parallèlement, le risque prioritaire n° 5 du Groupe Eurasie (le deuxième front de la Russie) expose le Canada à des attaques hybrides russes. Des militaires canadiens servent aux côtés des forces de l’OTAN dans les pays baltes, en première ligne face à la Russie, et Ottawa contribue activement depuis longtemps à la défense de l’Ukraine contre l’invasion illégale du président Vladimir Poutine – deux facteurs qui font du Canada une cible pour les activités clandestines de Moscou. Si le réarmement de l’Europe offrira au Canada et aux entreprises canadiennes des occasions d’approfondir leurs liens stratégiques et commerciaux avec le continent, les pressions exercées sur les États membres de l’OTAN pour qu’ils réagissent aux provocations de Poutine risquent d’entraîner le Canada dans une crise OTAN-Russie cette année.
  • Le principal risque n° 7 (le piège déflationniste chinois) aggravera les difficultés de diversification commerciale du Canada. L’économie chinoise est prise au piège de ses propres agissements : les prix, la confiance des consommateurs, les investissements et la demande sont en chute libre, et Pékin ne fera rien pour y remédier. Au contraire, les investissements d’État ont engendré une surcapacité dans le secteur manufacturier de haute technologie, dont les produits sont désormais déversés sur le reste du monde. C’est en partie pour cette raison que le Canada maintient des droits de douane de 100 % sur les véhicules électriques chinois. Réduire ces droits permettrait de rendre les véhicules électriques plus abordables et de diminuer les droits de douane chinois sur les produits canadiens comme le canola, mais cela pénaliserait le secteur automobile ontarien avec une concurrence déloyale et risquerait de nuire aux négociations commerciales avec les États-Unis. De plus, la faiblesse de l’activité économique chinoise entraînerait une demande moindre pour les abondantes ressources naturelles du Canada. Ottawa se trouve dans une situation inextricable.
  • Par ailleurs, le principal risque n° 2 (surpuissance) exercera une pression sur l’économie canadienne. D’une part, la Chine consolide sa position dominante dans les technologies d’énergie propre, comme les véhicules électriques, les batteries et l’énergie solaire ; d’autre part, les États-Unis misent davantage sur leur modèle d’exportation et de consommation de combustibles fossiles. Le gouvernement Carney a opté pour une stratégie à deux volets : utiliser des crédits d’impôt et d’autres incitatifs pour attirer les investissements dans les technologies d’énergie propre, les minéraux critiques et le secteur manufacturier national, tout en se recentrant sur les exportations de combustibles fossiles et les infrastructures afin de stimuler la croissance économique et d’assurer la paix énergétique avec l’Alberta et la Saskatchewan. L’avenir dira si cette stratégie s’avérera payante.
  • Le risque principal n° 8 (L’IA dévore ses utilisateurs) illustre les risques et les opportunités pour le Canada dans le développement de ses propres capacités en IA. De nombreuses entreprises de premier plan (principalement américaines) développent des capacités extraordinaires en IA, mais adoptent pour ce faire des modèles d’affaires extractifs et socialement dysfonctionnels. En l’absence de réglementation suffisante, l’administration Trump risque de s’en prendre aux pays qui imposent leurs propres normes aux entreprises technologiques américaines. Nous l’avons déjà constaté avec la taxe sur les services numériques du Canada, ainsi qu’avec la législation régissant la diffusion en continu et l’actualité en ligne – des sujets parmi les plus épineux des négociations commerciales bilatérales. Pourtant, une grande partie du potentiel de l’IA proviendra de modèles plus petits, plus agiles et spécialisés – précisément le créneau où l’écosystème canadien de l’IA est bien placé pour prospérer. Si le Canada peut résister aux pressions américaines et maintenir le financement nécessaire pour développer et retenir les talents en IA, la croissance future du secteur canadien est illimitée.

Abonnez-vous à ma lettre d’information

Et recevez un code de réduction de 40 % pour l’adhésion à mon Club VIP.
* CECI EST UN CADEAU SANS AUCUNE OBLIGATION D'ADHÉRER À MON CLUB VIP.

Partager cet article sur les réseaux sociaux :