Les Nibelungen (Die Nibelungen) est un film muet allemand en deux parties (« La Mort de Siegfried » et « La Vengeance de Kriemhild ») réalisé par le réalisateur autrichien Fritz Lang et sorti en 1924. Les scénarios des deux films ont été coécrits par Thea von Harbou, alors épouse de Lang, d’après le poème épique “La Chanson des Nibelungen” (en allemand : Nibelungenlied), une épopée médiévale en moyen haut allemand composée au XIIIe siècle après J.-C. Die Nibelungen a été présenté en avant-première britannique au Royal Albert Hall de Londres, où il a été joué 40 fois entre le 29 avril et le 20 juin 1924. La première partie, La Mort de Siegfried, est sortie aux États-Unis le 23 août 1925, avec une avant-première au Century Theatre de New York, grâce au procédé sonore Phonofilm. La deuxième partie, La Vengeance de Kriemhild, est sortie aux États-Unis en 1928. Le film raconte les exploits de Siegfried, prince détenteur du trésor des Nibelungen, pour aider le roi burgonde Gunther à conquérir la main de Brunehilde, puis son mariage avec Kriemhild, la sœur de Gunther. Son assassinat par Hagen initie une longue vengeance menée par Kriemhild et dont l’issue est le massacre des Burgondes sur les rives du Danube.
Fritz Lang a trente-quatre ans. Il s’est déjà construit une réputation et s’est fait connaître, notamment, par quelques films restés célèbres, comme “Les Araignées”, “Les Trois Lumières” et le premier diptyque consacré au docteur Mabuse, “Docteur Mabuse le joueur”. L’Allemagne se relève alors difficilement de la Première Guerre mondiale, cherche son destin mais connaît une forte instabilité économique et politique. La légende du coup de poignard dans le dos, répandue par les nazis et imputant la responsabilité de la défaite à la population civile à l’arrière du front, en particulier aux Juifs, aux milieux de gauche et aux révolutionnaires communistes de novembre 1918, cette « trahison interne », rencontre un certain succès dans les esprits de la population. La mort du héros Siegfried dans ce film, transpercé d’une lance dans le dos, évoque auprès du public cette thèse qui exonère l’armée allemande de son échec. Le fait que le scénario de ce film soit écrit par Thea von Harbou, épouse de Fritz Lang et sympathisante nazi corrobore ce lien et contribue à donner aux Nibelungen une réputation sulfureuse même si le film est trop complexe pour être réduit à une telle idéologie.
Les nazis tenteront d’ailleurs en 1933 de détourner la première partie des Nibelungen, en l’écourtant, en introduisant une voix off et en le remontant pour en faire un film de propagande et d’exaltation nationaliste. Ce détournement de l’œuvre de Fritz Lang écarte d’ailleurs le deuxième volet, trop pessimiste et se terminant par une hécatombe. ◾
➽ Die Nibelungen : La mort de Siegfried
Le personnage principal, Siegfried, fils du roi Siegmund de Xanten, apprend l’art de la forge d’épées à l’atelier de Mime. Il écoute les récits du royaume de Bourgogne, de ses rois et de Kriemhild, princesse de Bourgogne. Siegfried annonce vouloir l’épouser, au grand amusement des forgerons. Il exige qu’on lui indique le chemin. Mime, jaloux de son talent de forgeron, prétend qu’il existe un raccourci vers la Bourgogne à travers le Bois d’Ome, peuplé de créatures dangereuses. Siegfried rencontre un dragon et, pour le tuer, il s’écarte de son chemin. Il touche son sang jaune et brûlant et comprend soudain le langage des oiseaux, qui lui conseillent de se baigner dans le sang du dragon pour devenir invincible – à l’exception d’une tache sur son omoplate, recouverte par une feuille de tilleul.
Peu après, le puissant Siegfried pénètre sur les terres des Nibelungen et est attaqué par Alberich, roi des Nains, devenu invisible. Siegfried vainc Alberich, qui lui offre un filet d’invisibilité et de métamorphose en échange de sa vie sauve. Alberich lui propose alors de faire de Siegfried « le roi le plus riche du monde ! ». Siegfried, fasciné par le trésor et l’épée Balmung , est en proie à la tentation. Alberich tente de le vaincre, mais y laisse sa vie. Dans son dernier souffle, Alberich maudit tous les héritiers du trésor et, avec ses nains, il est transformé en pierre.
Siegfried arrive enfin en Bourgogne sous son nouveau nom de roi des douze royaumes. Une rixe éclate entre Siegfried et le roi Gunther, ainsi que son conseiller Hagen de Tronje. L’apparition de la belle princesse Kriemhild interrompt le combat. Hagen demande à Siegfried d’aider le frère de Kriemhild, le roi Gunther, à conquérir le cœur de Brunhild, la reine d’Islande. Les deux hommes se rendent au royaume de Brunhild, où Siegfried feint d’être vassal de Gunther afin d’éviter le défi lancé par Brunhild. Il utilise alors le pouvoir d’invisibilité du filet pour aider Gunther à vaincre la puissante reine lors d’un triple combat. De retour en Bourgogne, Gunther épouse Brunhild et Siegfried épouse Kriemhild.
Brunhild n’est cependant pas totalement vaincue. Elle soupçonne une tromperie et refuse de consommer le mariage. Hagen persuade à nouveau Siegfried d’intervenir. Siegfried se transforme alors en Gunther et affronte Brunhild. Durant le combat, il lui retire son anneau de bras, après quoi elle se soumet à sa volonté. Siegfried laisse le véritable Gunther consommer le mariage.
Kriemhild découvre le bracelet de Brunhild et interroge Siegfried à ce sujet. Siegfried lui révèle alors la vérité sur son rôle dans la défaite de Brunhild. Lorsque le trésor des Nibelungen, acquis par Siegfried auprès d’Alberich, arrive à la cour de Bourgogne comme cadeau de mariage pour Kriemhild, Brunhild se méfie davantage de la vassalité feinte de Siegfried envers Gunther. Brunhild revêt les bijoux de la Reine Mère et se rend à la cathédrale pour y entrer la première, comme le lui permet son droit en tant que Reine de Bourgogne. Kriemhild tente de lui ravir le passage et une dispute éclate entre les deux reines. Kriemhild révèle alors à Brunhild le secret de son époux et de son frère, ce qui provoque une confrontation entre les deux femmes et Gunther.
Brunhild exige la mort de Siegfried, prétextant qu’il lui a volé sa virginité lors d’une altercation la nuit de ses noces. Hagen von Tronje et le roi Gunther complotent pour assassiner Siegfried pendant une chasse dans l’Odenwald. Hagen trompe Kriemhild en cousant une croix à l’endroit précis du point faible de Siegfried sur sa tunique. Après la chasse, Hagen défie Siegfried à une course jusqu’à une source voisine. Alors que Siegfried est à genoux en train de boire, Hagen le transperce dans le dos avec une lance. Dans un retournement de situation cruel et vengeur, Brunhild avoue avoir menti au sujet de la défloration de Siegfried afin de venger la tromperie de Gunther.
Kriemhild exige que sa famille venge la mort de son mari, tué par Hagen, mais sa famille est complice du meurtre et protège donc Hagen. Kriemhild jure vengeance contre Hagen tandis que Brunhild se suicide au pied du corps de Siegfried, exposé dans la cathédrale. ◾
➽ La Vengeance de Kriemhild (Kriemhilds Rache)
Kriemhild tente de rallier les habitants de Bourgogne à sa cause pour se venger de Hagen, à qui ses frères ont prêté allégeance. Elle les corrompt avec de l’argent et le trésor des Nibelungen. Le margrave Rüdiger von Bechelaren arrive à l’improviste pour courtiser Kriemhild au nom de son roi, Etzel, qui règne au pays des Huns. Kriemhild refuse d’abord, mais finit par entrevoir une occasion de vengeance dans son mariage avec Etzel et dans l’allégeance que Rüdiger lui a accordée. Elle le contraint à lui prêter serment d’allégeance sur son épée. À cet instant précis, la nouvelle se répand qu’Hagen a dérobé son cadeau de mariage, le trésor des Nibelungen, qu’il a, à l’insu de tous, immergé dans le Rhin.
Kriemhild se rend sur les terres d’Etzel et accepte sa demande en mariage. En remerciement de lui avoir donné un fils, Ortlieb, Etzel exauce un vœu. Kriemhild demande à Etzel d’inviter sa famille à célébrer le solstice d’été avec eux au royaume des Huns. Entre-temps, Kriemhild corrompt les guerriers huns d’Etzel avec de l’argent et des trésors afin qu’ils la vengent et attaquent Hagen.
À l’arrivée des Bourguignons, les Huns attaquent leurs soldats pendant leur festin dans les grottes où ils résident. Le chevalier bourguignon Dankwart parvient à s’échapper et avertit les rois bourguignons, festoyant avec Etzel et Kriemhild au palais d’Etzel. Informé de cette attaque perfide, Hagen de Tronje assassine le fils d’Etzel, et la bataille éclate. Dietrich de Berne réussit à négocier une sortie de la salle pour la suite royale d’Etzel, laissant ainsi les invités bourguignons prisonniers dans le palais.
Les 45 dernières minutes du film sont consacrées à de multiples batailles où les Huns attaquent les Bourguignons. Kriemhild offre la liberté à sa famille s’ils lui livrent Hagen. Ils refusent. Finalement, Kriemhild exhorte Rüdiger à honorer son serment d’allégeance en attaquant Hagen. Rüdiger refuse, mais Etzel l’y contraint. Au début de la bataille, Rüdiger est tué par Volker d’Alzey après que Rüdiger de Bechlarn lui-même a frappé de son épée son gendre, Giselher de Bourgogne. Gerenot porte le corps de son frère hors de la salle pour montrer à sa sœur le fruit de sa vengeance. Kriemhild pleure Giselher et supplie Gerenot une dernière fois de lui livrer Hagen de Tronje, mais il refuse à nouveau et est tué par les Huns. Dans un ultime acte de désespoir, Kriemhild ordonne d’incendier le palais.
Alors que les flammes couvent, seuls Gunther et Hagen survivent. Dietrich de Berne va chercher les deux hommes au palais et les livre à Kriemhild, qui exige de Hagen qu’il révèle l’emplacement du trésor des Nibelungen. Hagen déclare avoir juré de garder le secret tant qu’un de ses rois serait en vie, et Kriemhild ordonne la décapitation de Gunther. Hagen avoue alors que, hormis lui et Dieu, nul ne connaît désormais l’emplacement du trésor, et que Dieu n’en dira jamais plus. Kriemhild s’empare alors de l’épée de Siegfried et l’abat. Fou de rage, le maître d’armes Hildebrandt poignarde Kriemhild dans le dos.
Les derniers mots d’Etzel sont que Kriemhild devrait être ramenée chez son défunt mari, Siegfried, car elle n’a jamais appartenu à aucun autre homme. ◾

➧ « Die Nibelungen » de Gottfried Huppertz (bande originale)
Gottfried Huppertz est un compositeur, chanteur et chef d’orchestre allemand, né le 11 mars 1887 à Cologne et décédé le 7 février 1937 à Berlin d’une crise cardiaque. Il est aujourd’hui surtout connu pour ses musiques de films muets expressionnistes allemands, comme le film de science-fiction épique Metropolis (1927). Il a collaboré à plusieurs reprises avec le réalisateur Fritz Lang.
À Berlin, il fit la connaissance de Thea von Harbou, l’épouse de Rudolf Klein-Rogge, puis du réalisateur Fritz Lang, avec lequel il se lia d’amitié au point que Huppertz, son épouse, Von Harbou, et Lang passaient presque toutes leurs soirées ensemble, au cœur de la vie culturelle trépidante de Berlin. Leur collaboration professionnelle débuta lorsque Lang engagea Huppertz comme acteur pour deux petits rôles dans les films “Vier um die Frau” et “Dr. Mabuse der Spieler”. Connaissant le talent musical d’Huppertz, lorsqu’il entreprit la réalisation de son film épique en deux parties, “Die Nibelungen”, il souhaita lui confier la composition de la musique. Huppertz, de son côté, refusa d’abord le poste et ne fut convaincu, après avoir lu le scénario, que le film était indépendant de l’opéra et inspiré de la saga populaire. Il composa alors la musique du film à partir d’un exemplaire du scénario que Von Harbou lui avait remis en personne.
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).


