Elizabeth DG demande : La croix inversée n’est-elle qu’un signe de renoncement, ou un premier pas vers l’inversion plus vaste du message ?

Je suis très heureux de partager avec vous un article d’Elizabeth Dufresne-Gagnon qui a été publié il y a deux jours sur le Réseau VIP. Il intervient après le décès du pape François. L’auteure s’interroge sur la symbolique de la croix inversée. Elle m’écrivait par courriel : « En effet, bien que le récit soit fictif, il s’appuie sur des faits historiques et une ligne temporelle cohérente ; il est entièrement de moi. Je me suis projeté dans le passé, à l’origine du symbole de la croix inversée, pour tenter de comprendre comment ce symbole a été introduit et dans quel but. Il m’arrive d’avoir des élans de curiosité presque obsessionnels, où je peux passer des heures à tergiverser et à chercher autant d’informations que possible sur l’origine des choses. L’intelligence artificielle m’a également aidée à m’assurer que mon récit, bien qu’imaginaire, reste cohérent avec les faits et le contexte historique, afin qu’il puisse refléter au mieux une réalité plausible. »

Elizabeth Dufresne-Gagnon, dont le nom d’artiste est Elizabeth DG, est diplômée en gestion des ressources humaines et en secrétariat. Elle possède une solide expérience en administration municipale, en gestion des ressources humaines, en logistique et en soutien exécutif. Depuis plusieurs années, elle occupe des fonctions de direction générale par intérim et d’adjointe de direction dans le milieu municipal, assurant la gestion des finances publiques, des ressources humaines et des services aux citoyens. Elle a également œuvré dans le secteur privé en soutien administratif et logistique, ainsi que dans le réseau de la santé, s’impliquant activement dans la défense des droits syndicaux.

Artiste et musicienne passionnée, Elizabeth a participé en 2023 au lancement de l’album “Feu Sacré” du collectif Humanitou, en tant qu’auteure et interprète de sa chanson prophétique Inéluctable. Cette chanson originale joue régulièrement sur Radio Impact.

Militante engagée pour les droits de la personne, elle s’est illustrée en initiant une importante pétition contre le projet de loi 61 du gouvernement du Québec, rassemblant plus de 200 000 signatures et déposée à l’Assemblée nationale grâce au député Guy Ouellette. Cet engagement citoyen a été souligné dans un article publié sur mon site internet le 25 septembre 2020 (disponible ici). Guidée par des valeurs profondes d’intégrité, d’engagement communautaire et d’expression artistique, Elizabeth conjugue action professionnelle, création musicale et mobilisation citoyenne au service du bien commun.

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➽ La croix inversée n’est-elle qu’un signe de renoncement, ou un premier pas vers l’inversion plus vaste du message ?

Partant de la question du symbole de la croix inversée, je me suis lancé dans une réflexion sur son origine et sa signification. Celle-ci ne semble basé sur aucune preuve, mais repose sur une rumeur que Saint Pierre aurait été crucifié à l’envers en signe d’humilité. Pourquoi ce symbole, associé à l’humilité et à la crucifixion de Pierre, est-il devenu à la fois un signe d’opposition et d’inversion dans certains cercles et pourquoi ce symbole s’est imprégné au sein même du Vatican ? À travers cette interrogation, j’ai exploré une hypothèse qui pourrait littéralement s’inscrire dans l’histoire réelle expliquant l’acceptation de ce symbole, mais je pense que nous ne s’aurons jamais vraiment.

Et si Pie Ier, plutôt qu’un simple « pape chrétien », avait été un homme d’État romain habilement positionné à la tête d’une Église naissante, non pas par pure foi mais par compromis politique ? Et si sa montée en puissance avait été orchestrée, non par une conversion authentique, mais par un calcul de Rome visant à domestiquer le christianisme en l’adaptant à ses structures impériales ? Cela expliquerait, entre autres, l’apparition de symboles comme la croix inversée : un subtil renversement de la foi chrétienne pour mieux l’intégrer aux logiques romaines. À travers ce récit fictif, je propose une relecture plausible de l’histoire. Rome n’a pas nécessairement « converti » le Christ, mais a transformé le message chrétien en un outil de contrôle politique, avec Pie (l’an 140-155) comme pivot entre l’Empire et la Croix. Loin de moi l’idée de vouloir salir son image, mais je cherche à comprendre sur quoi repose ce symbole inversé. Si vous avez d’autres pistes, je suis toute ouïe.

L’infiltration douce – Le plan de Rome et l’élévation de Pie Ier

Le Mur qui ne Plie Pas

L’an 138 de notre ère. L’Empire Romain, vaste et hégémonique, se heurte à un phénomène qu’aucune lame, aucun édit, aucune arène ne semble pouvoir dissiper : la foi chrétienne.

Sous les règnes successifs de Trajan, Hadrien et maintenant Antonin le Pieux, la répression s’est faite plus subtile, plus juridique. Loin des persécutions flamboyantes, les procès se raffinent. Le philosophe Justin, récemment converti au Christ, expose dans ses apologies les failles du droit romain appliqué aux chrétiens. Il ne proteste pas, il démontre. Et Rome, orgueilleuse de sa logique, se voit forcée d’écouter.

Antonin n’aime ni les troubles, ni les croyances incontrôlables. Ce nouveau mouvement religieux doit être encadré. Un compromis doit naître : conserver la stabilité de l’Empire tout en apaisant la ferveur chrétienne. Mais comment ?

Le Grand Pontife et l’ombre de Dieu

Le Grand Pontifex du collège pontifical – gardien des traditions païennes – est convoqué. Il évoque Pie, un administrateur religieux discret, élevé au sein des cultes civiques mais dont la foi s’est peu à peu détachée des anciens dieux. Marqué par le message de Justin, Pie semble désormais croire en un Dieu unique.

Antonin voit l’opportunité : un homme de Rome, formé aux structures du pouvoir, mais capable de parler aux chrétiens. Il ne défiera pas l’Empire. Il ne sera ni prophète, ni apôtre : il sera un pilier intermédiaire. Un canal.

Rome n’a pas besoin d’un nouveau messie. Elle a besoin d’un médiateur.

Les Manuscrits

Sous ordre discret du Grand Pontife, de vieux manuscrits sont “retrouvés” dans les bibliothèques impériales et déposés à l’attention de Pie. L’un d’eux, en particulier, attire son regard : un récit attribué à un certain Linus, prétendu successeur de Pierre, narrant que celui-ci, par humilité, fut crucifié la tête en bas. Mais le texte principal est présenté comme le témoignage d’un ancien centurion romain. Ce soldat, ayant personnellement supervisé la crucifixion inversée de Pierre, y confesse que depuis cet acte, il est frappé de visions et de malheurs. Les dieux semblent l’avoir abandonné. Il voit des signes dans le ciel, des ombres dans les temples. Il y perçoit la fin de l’ancien ordre.

Pie lit. Relit. Médite. Cette image, étrange et bouleversante, l’obsède. Il y voit une trace de vérité, une leçon d’abandon total à la volonté divine.

Mais ce qu’il ignore, c’est que ce récit a été soigneusement forgé, son style inspiré des premiers évangiles, son contenu ajusté pour répondre à un besoin symbolique : justifier une soumission visible, une humilité orientée… vers le pouvoir.

Une rumeur court aussi sur d’autres codex, venus d’Orient. Certains évoquent un Dieu de Lumière opposé à un esprit sombre créateur du monde matériel. Pie lit l’un de ces extraits, probablement influencé par des traditions perse ou gnostique, et frissonne : ce Dieu-là n’est ni celui d’Israël, ni le Christ des évangiles. Trop insaisissable pour être codifié. Trop vrai, peut-être, pour être utile à Rome.

La Nuit des Deux Feux

Une nuit, Pie entre dans un ancien sanctuaire abandonné, autrefois dédié à Jupiter. Il y tient le manuscrit. Deux lampes à huile vacillent dans l’obscurité. Il prie. Une vision l’envahit.

Il voit un homme jeter un filet à l’eau. Il attend. Rien ne vient. Le filet revient vide. Mais un homme lumineux s’approche de lui et lui dit : « Pêche encore. » L’homme relance son filet. Quand il le retire, il peine : ses filets sont pleins de poissons.

Puis, une couronne descend du ciel et flotte devant lui.

Il comprend alors – ou croit comprendre – que sa mission est de lier Rome au ciel. De rendre à César ce qui est à Dieu. L’image du renversement devient mystique : il sera le pont entre l’Empire et la Croix.

Le Philosophe et le Silence

Pendant ce temps, Justin, de plus en plus influent, dérange l’ordre établi. Par ses écrits, il défie la légitimité même des lois romaines. Il refuse toute compromission. Il attire, il convainc. Trop.

Mais tant que Justin est en vie, son influence rend difficile l’instauration d’un christianisme institutionnalisé. Son existence même empêche toute assimilation pacifique du mouvement chrétien par les structures impériales. On murmure même qu’il surveille les ambitions romaines d’intégrer trop aisément la foi à leur logique politique.

Ce n’est que vers 165, sous le règne de Marc Aurèle, que l’ordre d’exécution est donné par le préfet Junius Rusticus. Justin refuse de sacrifier aux dieux et périt avec six compagnons. La voix radicale s’éteint enfin.

Les Lois et les âmes

Antonin poursuit ses réformes : il facilite l’affranchissement des esclaves chrétiens, protège les communautés non-violentes, introduit subtilement des fêtes romaines rebaptisées sous des noms de martyrs. Les premières basiliques impériales voient le jour – ni tout à fait païennes, ni entièrement chrétiennes. La transition est en marche.

Une hiérarchisation du clergé se met en place : évêques, prêtres, diacres – chacun à sa place dans une structure verticale, modelée sur les institutions impériales. Cela convient parfaitement à l’empereur : un clergé structuré est un clergé contrôlable. Rome adore l’ordre, et rien ne facilite davantage la gestion d’un culte qu’un organigramme religieux digne d’une légion.

Parallèlement, un langage juridique et dogmatique émerge. La foi n’est plus seulement une affaire de cœur : elle devient dossier, sentence, règlement. La doctrine prend forme. Cela aussi sert Rome : une foi codifiée est une foi encadrée. Mais surtout, le message intérieur du Christ – vécu au départ dans la ferveur individuelle et communautaire – commence à être extériorisé. La foi devient forme, rite, expression publique. Le cœur cède peu à peu la place à l’institution. Et cette transformation fait les affaires de l’Empire : ce qui est visible peut être surveillé.

Même le symbole de Pierre, crucifié tête en bas, devient ambigu. L’humilité de l’apôtre est réinterprétée : la croix inversée n’est-elle qu’un signe de renoncement, ou un premier pas vers l’inversion plus vaste du message ? Rome sait manier les symboles. Elle sait qu’un mythe bien orienté vaut mieux qu’un édit.

L’intronisation

L’an 142. Pie est élu évêque de Rome, dans une atmosphère étrange de consensus. Officiellement, il est successeur de Hygin, mais beaucoup notent un changement de ton, de posture.

Pie est un homme d’organisation, de compromis. On le dit pieux, discret, loyal. Certaines rumeurs circulent sur sa foi chrétienne : certains y croient, d’autres doutent. Mais tous s’accordent sur un point : son dévouement envers Rome est incontestable.

Ni persécuté, ni encensé, il est installé. Mais plus qu’un simple évêque, il devient le pivot : chrétien pour les croyants, romain pour l’Empire.

Rome n’a pas converti le Christ. Elle a converti le pouvoir de son nom. Et Pie, le premier « pape » chrétien institutionnalisé, n’en est pas moins fils de Rome.


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