Le groupe carnavalesque Sinsili-nó a réalisé une performance dans une représentation très originale des « Reptiliens Illuminati » lors du grand défilé du Carnaval de Badajoz qui se déroule actuellement, du 9 au 22 février, dans la capitale de la province de Badajoz, en Espagne. Le Carnaval de Badajoz est l’un des festivals les plus influents d’Estrémadure et une référence nationale grâce à la qualité des groupes participants et à l’ambiance festive qui règne dans les rues. La ville de Badajoz se transforme alors en une grande scène festive où résonnent humour, musique et traditions. Le grand défilé eut lieu dimanche et il s’agissait de l’événement le plus attendu des festivités. Partant de l’Avenida de Europa et arrivant à la Plaza de España, tous les groupes participant aux compétitions officielles du Carnaval de Badajoz étaient listés par ordre d’apparition dans la section Troupes de carnaval. Sinsili-nó “iluminatis Reptilianos” a obtenu une mention honorable.
Tout a commencé en 2010 pour Sinsili-nó, lorsqu’un groupe d’amis, passionnés de carnaval, a décidé de monter sa propre troupe. Petit à petit, ils ont acquis des instruments, créé des chorégraphies et conçu des costumes et des chapeaux volumineux et spectaculaires. Année après année, le groupe s’agrandissait. Mais c’est en 2022 que tout a basculé : l’un d’eux les a convaincus de se lancer et de participer au grand défilé de Badajoz. Ils n’ont pas hésité une seconde. Plus enthousiastes que jamais, ils se sont mis au travail, et aujourd’hui, ils comptent désormais plus de 200 membres, mais l’essentiel demeure inchangé depuis 2010.
Les animateurs de la chaîne d’information Canal Extremadura commentaient lors de l’apparition du groupe Sinsili-nó dans les rues de Badajoz : « Une espèce opère dans l’ombre pour contrôler les gouvernements, l’industrie musicale et les médias. Il s’agit des Illuminati reptiliens de Sinsili-Nó. » Ils soulignaient aussi que la proposition de Sinsili-Nó comprend trois tenues en une, pour lesquelles il fallait jusqu’à 12 mètres de tissu par personne. ◾
Les « Illuminati reptiliens » de Sinsili-Nó lors du grand défilé du Carnaval de Badajoz, 15-02-2026.
➽ À propos du Carnaval de Badajoz
➦ Extraits par Alessandro Elia, 15 février 2026
Badajoz vibre au rythme de sa grande fête de rue, avec le Grand Défilé de troupes, de groupes de divertissement et de chars allégoriques. Le parcours du défilé a traversé la ville, d’Entrepuentes à la Plaza Dragones Hernán Cortés, en passant par l’Avenida de Santa Marina, l’Avenida Enrique Segura Otaño et l’Avenida de Europa. Cette année, l’événement bat son plein avec la participation d’un nombre record de 107 groupes et offre deux façons d’en profiter : à pied ou en direct à la télévision et en ligne, tandis qu’une carte interactive permet de suivre la progression du défilé en temps réel.
Pendant ce temps, le carnaval de rue, celui qui n’a pas besoin de jury pour faire parler de lui, a déjà offert son lot d’images mémorables : calamars frits géants, skieurs sans neige, et ces costumes qui fonctionnent parce qu’on les reconnaît à dix mètres… et parce qu’à Badajoz, quand l’imagination s’emballe, nul besoin d’autorisation. Le dimanche ne s’arrête pas à midi : dès 16 h, un DJ anime la soirée, et le verdict du jury du défilé est annoncé vers 23 h 45. La nuit s’étire alors comme un long accord, une musique dont on ne voudrait jamais voir la fin.
Le grand matin : heure, itinéraire et départ à Entrepuentes
L’horloge sonne midi, signal du départ, mais le défilé commence plus tôt. Les groupes se rassemblent sur l’avenue Entrepuentes et l’atmosphère se pare des préparatifs : costumes ajustés à la dernière minute, maquillage retouché avec précision, percussions tâtonnant – un coup sec, puis un autre, le troisième plus déterminé – et l’on sent que la ville est sur le point de se métamorphoser. Ce n’est pas qu’un simple défilé : c’est une machinerie gigantesque qui se déploie par étapes, avec des gens qui entrent et sortent de scène comme si, pendant quelques heures, Badajoz avait écrit un scénario en paillettes et en rythmes de tambours.
Le parcours officiel est bien défini : Santa Marina, puis Enrique Segura Otaño, suivi de l’Avenida de Europa, pour se terminer à Dragones Hernán Cortés. Sur le papier, c’est simple ; dans la rue, c’est plus nuancé. Santa Marina est généralement le tronçon où les troupes « arrivent en force », débordantes d’énergie, avec des costumes impeccables et cette première salve d’applaudissements qui les galvanise. Segura Otaño est plus dense, comme un couloir humain : le son résonne, la foule se presse contre le trottoir et les détails des costumes sont visibles de près, presque à portée de main. L’Avenida de Europa s’ouvre et offre un peu d’espace, comme si le défilé avait besoin de respirer pour que la chorégraphie ne se replie pas sur elle-même.
Le fait qu’il y ait 107 groupes explique aussi pourquoi la journée est considérée comme longue. Avec autant de participants, le défilé n’est pas une simple image : c’est une succession de performances interconnectées, chacune avec son propre langage – percussions, danse, chars allégoriques, satire, fantaisie – et son propre rythme. Certains groupes misent sur l’impact visuel de loin, avec de hautes coiffes et des couleurs qui « s’entendent » avant même d’être vues ; d’autres privilégient les détails subtils, les gros plans, les broderies et un maquillage qui raconte une histoire. Et puis il y a les engins, qui apportent cette touche d’ingéniosité sur roues, mi-plaisanterie, mi-scène mobile, résolument anticonformistes. Anticonformistes… dans le meilleur sens du terme.






Là où le défilé devient une « marée » et non plus un simple spectacle
Avec une telle participation, l’atmosphère change d’un endroit à l’autre. Parfois, la foule reste immobile, comme pour planter un drapeau, tandis qu’à d’autres moments, elle se déplace par vagues, à la recherche du meilleur point de vue. Ce mouvement – les gens qui se repositionnent, les groupes qui tentent de maintenir leur formation, les percussions qui rythment la journée – fait partie intégrante de l’événement. Et c’est particulièrement perceptible au début et lors des transitions : lorsqu’un groupe termine sa prestation et que le suivant apparaît, la rue se réorganise d’elle-même, sans que personne ne la dirige vraiment.
Conscients de cette dynamique, les organisateurs ont prévu des zones de traversée du parcours afin d’éviter toute improvisation. Des points précis sont indiqués sur le plan : un passage piéton à l’angle des rues Santa Marina et Colón, un autre rue Enrique Segura Otaño devant le grand magasin El Corte Inglés, et un troisième au début de l’avenue d’Europe. Ce sont des détails qui peuvent paraître insignifiants jusqu’à ce que votre corps vous réclame de bouger, de trouver quelqu’un, de vous éloigner un instant de la foule, ou simplement de changer de perspective pour admirer le défilé sous un autre angle.
Troupes, divertissements et objets portant leurs propres noms
Le Grand Défilé est conçu comme une vitrine de la puissance du carnaval : des troupes à la présence scénique élaborée, des groupes d’animation qui rythment le carnaval avec percussions et humour, et des engins qui transforment la créativité en chars, structures ingénieuses ou scènes sur roues. L’ordre de passage comprend des noms qui, pour ceux qui suivent le carnaval année après année, évoquent une grande famille : des troupes comme Dekebais, Moracantana, Cambalada, Wailuku, Balumba, Los DeserTores, Umsuka Imbali, Caretos Salvavidas et La Bullanguera ; et une multitude d’autres numéros qui, sans nécessiter de longues explications, sont reconnaissables à leur style, leur musique ou leur histoire.
Dans les groupes de spectacles de rue, l’appellation est large, mais l’effet est constant : animer la rue, la remplir d’énergie et transformer le parcours en un défilé continu. On y trouve des noms comme AMC de Pata Negra Percusión, Carnavalatis, Los Camalotes del Guadiana, Los BolIñas et Chalchimpapas, avec des styles allant des percussions pures aux mises en scène les plus théâtrales. Grâce à eux, l’atmosphère du défilé se métamorphose : tantôt c’est une chorégraphie, tantôt un rythme de tambour qui vous prend aux tripes, tantôt une plaisanterie qui passe. Et qui passe avec brio.
Les chars, quant à eux, sont les plus « anarchiques » dans l’esprit, même s’ils font partie intégrante du programme : les propositions se présentent avec des noms qui sont déjà une déclaration d’intention, comme La Caidita (La Petite Chute), Goteros y Tiritas (Les Gouttes et les Pansements), Los Bomberos (Les Pompiers), El Carpazo (Le Grand Chapiteau) ou Pa 4 Días (Pendant 4 Jours), et la logique est généralement celle de l’ingéniosité : satire, esthétique du quartier et intelligence poussée à l’extrême. Dans un carnaval où l’excellence artisanale et la malice intelligente coexistent, les chars sont l’espace où la ville rit d’elle-même sans s’excuser. Cela aussi fait partie de la tradition.



Costumes de rue : quand la ville devient un concours spontané
Avant même le grand défilé, le centre-ville vibrait déjà au rythme du carnaval de rue. C’est là qu’est apparu le thème récurrent de cette année : les costumes originaux remportent un franc succès, certains devenant même viraux grâce à leur simplicité et leur efficacité. Un groupe s’était déguisé en calamars frits – littéralement panés –, d’autres en skieurs déambulant dans une ville sans neige, et ce mélange de références quotidiennes et de surréalisme fonctionne justement parce qu’il ne cherche pas à être solennel. C’est le carnaval dans sa forme la plus démocratique : chacun peut faire sensation avec une bonne idée, même sans char ni orchestre.
Le secret de ces costumes ne réside pas seulement dans leur originalité, mais aussi dans le contexte. À Badajoz, pendant ces jours de fête, un costume se comprend sans explication, car le décor le met en valeur : des rues emplies de musique, des scènes pour les spectacles, des gens qui participent pleinement à la fête. Un calamar géant n’est pas un « costume étrange », il fait simplement partie du décor ; un skieur est une plaisanterie partagée. Et juste à côté, dans la même rue, un groupe de carnavaliers peut présenter des mois de travail avec des costumes qui semblent tout droit sortis d’un atelier de décors. Ce qui est intéressant, c’est cette coexistence : le carnaval à la fois comme un grand spectacle et comme une étincelle de camaraderie entre amis, sans hiérarchie définie. Tout y contribue.
Cette énergie urbaine est également alimentée par les scènes disséminées sur les places et aux coins des rues, où les murgas et autres groupes présentent leurs répertoires tout au long du week-end, créant une ambiance continue qui monte crescendo le dimanche, telle une vague. Inutile d’en faire des tonnes : il suffit de voir la foule costumée, le brouhaha ambiant, les conversations qui se chevauchent. Ici, le carnaval n’est pas un événement ponctuel ; c’est un état d’esprit qui anime la ville pendant dix jours et le défilé du dimanche est le moment où tout cela se cristallise, comme un résumé vivant. ◾
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).





