Comme je l’ai expliqué dans ma récente entrevue pour le magazine Mosaic Digest au Royaume-Uni, ce que je déteste le plus, ce sont les gens qui manipulent les informations pour servir leur agenda personnel et politique : « Personnellement, j’attache une importance particulière aux sources et aux références, et je déplore le fait que des individus publient des sottises et des ragots sans avoir fait les recherches appropriées. Ces agissements irresponsables portent gravement préjudice aux chercheurs et journalistes d’investigation sérieux. » Récemment, je suis tombé sur une vidéo bien léchée, réalisée par la chaîne “Archiviste” sur la plateforme Youtube. Cette vidéo s’intitule « La Vérité Choquante sur le Passé, dans un Manuscrit de 1357. Le Secret de la Tartarie ». Elle prétend que l’ouvrage du XIVe siècle de Jean de Mandeville, “Le livre des merveilles du monde”, révèle les secrets de la Tartarie. Malheureusement, les interprétations erronées de la Tartarie comme un empire distinct de l’Empire mongol, plutôt que comme un nom archaïque de l’Asie centrale, ont donné naissance à une théorie complètement déconnectée de la réalité alléguant l’existence d’un « Empire tartare » avancé technologiquement.
En effet, l’ignorance entourant l’utilisation du terme « Tartare » comme toponyme a engendré des théories pseudo-historiques, notamment celles d’un « passé caché » et de « déluges de boue ». Ces théories affirment que la Tartarie (ou l’« Empire tartare ») était une civilisation disparue dotée d’une technologie et d’une culture avancées. Elles font abstraction de l’histoire bien documentée de l’Asie, à laquelle le terme « Tartare » fait référence. De nos jours, la région de la Tartarie s’étend du centre de l’Afghanistan au nord du Kazakhstan, ainsi que sur des parties de la Mongolie actuelle, de la Chine et de l’Extrême-Orient russe, dans la « Tartare chinoise ».
Dès le XVIIe siècle, sous l’influence prépondérante des écrits des missionnaires catholiques, le terme “Tartare” en vint à désigner le peuple mandchou et « Tartarie » les territoires qu’ils gouvernaient. Les opinions européennes sur la région étaient souvent défavorables et reflétaient l’héritage des invasions mongoles qui y avaient pris naissance. Le terme est apparu suite aux ravages causés par l’Empire mongol. L’ajout d’un « r » à « Tatar » évoquait le Tartare, un royaume infernal de la mythologie grecque. Au XVIIIe siècle, la perception de la Sibérie ou de la Tartarie et de ses habitants comme « barbares » par les écrivains des Lumières s’inscrivait dans les conceptions contemporaines de civilisation, de sauvagerie et de racisme. Mais certains Européens voyaient en la Tartarie une source possible de connaissance spirituelle qui faisait défaut à la société européenne contemporaine. L’écrivain théosophe Tallapragada Subba Row cite Emanuel Swedenborg qui aurait conseillé : « Recherchez la Parole perdue parmi les hiérophantes de Tartarie, de Chine et du Tibet. » (A Collection of Esoteric Writings)




Une interprétation moderne de la Tartarie comme une réalité politique distincte de l’Empire mongol ou comme un nom archaïque de l’Asie Centrale donne également naissance à une théorie quant à l’existence d’une civilisation avancée disparue ou cachée. Cette théorie dite de la Grande Tartarie apparaît pour la première fois dans la nouvelle chronologie d’Anatoli Fomenko et est reprise par le nationalisme russe qui considère que la Tartarie est le véritable nom de la Russie dont l’histoire est malicieusement occultée par l’Occident. La Société géographique russe (Русское географическое общество) a démystifié la théorie comme étant un fantasme extrémiste et, loin de nier l’existence du terme, a profité de l’occasion pour partager de nombreuses cartes de la « Tartarie » dans sa collection. Dans un article paru le 5 octobre 2020, l’institution scientifique écrit : « Certains estiment qu’il est irrespectueux de réfuter les absurdités d’autrui. Dans ce cas précis, notre comité de rédaction était divisé. Mais la vocation première de la Société géographique russe est l’éducation. Et la question de la Grande Tartarie est si souvent posée qu’il est judicieux de rappeler cette simple vérité. »
« Il est évident que la Tartarie n’est pas un État spécifique,
mais une terre mythifiée qui n’a jamais eu de frontières précises. »
— La Société géographique russe
La version mondialisée de cette théorie loufoque est basée sur une vision alternative de l’histoire de l’architecture. Ses partisans suggèrent que les bâtiments démolis tels que le Singer Building, la Pennsylvania Station et les terrains temporaires de l’Exposition universelle de 1915 sont en réalité les bâtiments d’un vaste empire basé en Tartarie qui a été supprimé de l’histoire. D’autres bâtiments, comme les Grandes Pyramides et la Maison Blanche, sont également présentés comme des constructions tartares. La Première et la Seconde Guerre mondiale sont toutes deux citées comme une manière dont la Tartarie a été détruite et cachée, reflétant la réalité selon laquelle les vastes campagnes de bombardement de la Seconde Guerre mondiale ont détruit de nombreux bâtiments historiques.
Ci-dessous « Voyage d’outre-mer », par Jean de Mandeville (1357)
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En tant qu’auteur et chroniqueur indépendant, Guy Boulianne est membre du réseau d’auteurs et d’éditeurs AuthorsDen et de la Nonfiction Authors Association (NFAA) aux États-Unis. Il adhère à la Charte d’éthique mondiale des journalistes de la Fédération internationale des journalistes (FJI).




Nota Bonus : « Ces vidéos doivent être supprimées de YouTube ! »
Je vous fais cet épisode parce que je suis dépité, énervé, écœuré… Vous l’avez compris, on ne part pas sur du positif ! J’ai reçu un mail d’un abonné qui m’a demandé mon avis sur une chaîne qui lui a été recommandée par YouTube. Une chaîne “d’Histoire” avec plein de guillemets, comme il y en a malheureusement de plus en plus sur la plateforme, mais aussi sur d’autres comme TikTok, Facebook et Instagram. Ça pose plein de problèmes, et je vous en parle aujourd’hui…
L’auteur de la chaine Archiviste a effectivement tendance à vite tirer des conclusions extrêmes des éléments qu’il nous présente. Mais nombre de ces éléments (et photos !) sont très intéressants (s’ils sont vrais), et il soulève des points qui ne peuvent que remettre en cause ce qu’on croie savoir du passé. Dire que c’est nul seulement du fait d’utiliser ce mot « Tartarie » relève de la mauvaise foi, ou de ne pas avoir regardé plusieurs de ses vidéos.
Vous parlez de « mauvaise foi » ! Sachez que je ne fais jamais œuvre de mauvaise foi. Vous écrivez : « Dire que c’est nul seulement du fait d’utiliser ce mot Tartarie ». Où voyez-vous cela dans cet article. De toute façon, j’ai vérifié, vous n’êtes même pas membre de mon Club VIP. Il est donc évident que vous n’avez pas lu l’intégralité de mon article. Alors pourquoi vous permettez-vous de commenter ? Qui est de mauvaise foi ici ? Vous le dites vous-même : « Mais nombre de ces éléments (et photos !) sont très intéressants (s’ils sont vrais) ». À quoi bon ? Continuez donc à croire à vos rêvasseries… Moi je poursuis ma route.
Voyages de Sir Jean de Mandeville (édition fac-similé).
Le Livre des Voyages de Jean de Mandeville est l’un des plus beaux exemples d’enluminure gothique du nord de la France. Ce codex, également connu sous le nom de Livre des Voyages de Jean de Mandeville, fut écrit et enluminé au premier quart du XVe siècle à Paris. Il présente 74 miniatures richement enluminées, dont certaines sont attribuées au Maître de la Mazarine. Par son alliance de couleurs vives et pastels, et ses détails dorés scintillants, ce manuscrit est un superbe exemple de l’art de l’enluminure parisienne.
Écrit en moyen français, l’auteur du manuscrit s’identifie à un certain Jean de Mandeville, un prétendu chevalier qui, après avoir parcouru le monde pendant 30 ans, rentre chez lui et raconte tout ce qu’il a vu et tous les lieux qu’il a visités.
Facsimile Finder : https://www.facsimilefinder.com.